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La participation des jeunes à la vie publique locale

Regards sur L’Europe

par Mikaël Garnier-Lavalley
Mis en ligne le mercredi 1er juin 2005.

Alors que l’on compte désormais 75 millions de jeunes de 15 à 25 ans dans l’Europe élargie, le secteur de la jeunesse n’était pas, jusqu’à récemment, un axe prioritaire des agendas européens. Hormis l’action Erasmus (issue du programme Socrates), qui vise à faciliter la mobilité des étudiants et qui a accueilli son millionième participant, et son petit frère, le programme Jeunesse, rares étaient les actions et les grands débats concernant ce secteur. En quelques années cependant, la participation des jeunes, en particulier locale, s’est trouvée au cœur de nombreux débats européens tant au sein du Conseil de l’Europe (l’Europe des 44) que de l’Union européenne (l’Europe des 25).

Une émergence récente Trois raisons principales expliquent ce processus : la crise de la démocratie représentative, les difficultés rencontrées par les organisations de jeunesse et l’évolution des jeunes.

La crise de la démocratie représentative.

Dans un mouvement quasi concomitant, cette crise, née de facteurs distincts selon les régions d’Europe (scandales et perte d’influence du politique à l’Ouest, chute des régimes autoritaires à l’Est), a atteint un résultat identique : la méfiance des citoyens et plus globalement celle des habitants vis-à-vis de l’action publique. Ainsi, nos démocraties contemporaines sont confrontées en Europe, et ce depuis la fin des années 1980, à des phénomènes politiques et sociaux différents mais entraînant les mêmes effets : perte de confiance dans les femmes et les hommes politiques, désaffection pour les structures traditionnelles, individualisme croissant, recherche du court terme... Dans le même temps sont nées des revendications d’accès au droit, de contrôle démocratique et d’évaluation des politiques publiques.

Les difficultés des organisations de jeunesse.

Puissantes dans de nombreux pays européens jusqu’à la fin des années 1970, les organisations de jeunesse subissent de plein fouet cette évolution. Parce que devenues suspectes aux yeux de leurs membres, soit en raison de leur incapacité à porter leurs aspirations et/ou à influencer les décisions publiques (Europe occidentale), soit en raison de leur trop grande proximité avec le pouvoir (Europe centrale et orientale), elles perdent leurs adhérents et peinent à se renouveler (et vice versa). Ainsi, en 2001, 50 % des jeunes Européens répondaient spontanément qu’ils n’étaient membres d’aucune association, 28 % qu’ils étaient membres de clubs sportifs, 8 % d’associations religieuses, seulement 7 % d’organisations pour la jeunesse et 4 % de syndicats ou de partis politiques3. Sans être uniformes dans toutes les régions (traditionnellement les jeunes sont davantage membres d’organisation dans le nord de l’Europe que dans le sud4), ces chiffres montrent néanmoins la faiblesse globale du mouvement associatif de jeunesse traditionnel en Europe.

L’évolution des jeunes.

Alors que leur niveau d’éducation a fortement augmenté mais que leur insertion sociale est devenue plus difficile, la société a fait des jeunes des consommateurs aux aspirations différentes de celles des générations précédentes : « Maintenant, les jeunes sont plus réticents à se lier à des communautés organisées, [ils] se déplacent dans un “espace libre” entre différentes scènes et institutions de jeunes, et ne sont plus organisés de façon permanente5. » Le bénévolat n’apparaît qu’en quinzième position des activités qu’ils pratiquent avec 7 % de réponses, bien après « rencontrer ses amis » (74 %), « regarder la télévision » (69 %), « écouter de la musique » (66 %), « faire du sport » (50 %), « aller au cinéma, théâtre, concert » (45 %), « faire de l’informatique » (43 %), « lire » (40 %), « faire les magasins » (38 %)6...Dès lors, leur volonté d’implication mais aussi la manière de le faire changent sans pour autant trouver d’écho dans les structures existantes. De membres, ils deviennent usagers des organisations, quand ils n’ont pas une attitude de simples consommateurs.

Face à ces trois raisons, qui sont à inscrire dans un vaste mouvement de perte de confiance dans les structures traditionnelles de la société et notamment de ses corps intermédiaires, les autorités se sont progressivement montrées de plus en plus soucieuses. En effet, si la baisse de la participation politique (aux élections, aux mouvements associatifs, politiques et syndicaux) des plus âgés interroge, celle des plus jeunes inquiète car elle pose la question de la survie du modèle démocratique. Dès lors, les autorités publiques ont choisi de se saisir de ces problématiques, d’abord au niveau local, puis européen.

SOURCE INJEP CAHIERS DE L’ACTION N°2 LA PARTICIPATION DES JEUNES A LA VIE PUBLIQUE LOCALE EN EUROPE sous la direction de Valerie Becquet


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