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Prévenir les ruptures adolescents-institutions

réflexion sur la recherche-action
Mis en ligne le jeudi 15 mars 2007.

Le numéro 11 des "Cahiers de l’action", édités par l’Injep, "prévenir les ruptures adolescents-institutions : réflexion sur la recherche-action" est dirigé par Joëlle Bordet [1], par ailleurs auteur de l’article ci-dessous.

La recherche action, une démarche collective pour élaborer une question

Ce texte est écrit en référence à l’expérience du programme « Lutter contre les violences des adolescents avec les institutions en Ile-de-France », ainsi qu’à la mise en œuvre de nouvelles recherches-actions comme celle sur le thème « Être jeune à Rennes entre 16 et 25 ans ».

Un des modes de l’intervention psychosociologique

Depuis environ vingt ans, nous menons dans le cadre du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) des travaux psychosociologiques en milieu ouvert, au sein des villes, des quartiers populaires en particulier. Le thème central de notre implication de psychosociologue est celui de la jeunesse et de son rapport à la ville, aux liens sociaux, à son avenir.

La jeunesse des quartiers populaires, pour une grande part issue de l’immigration, a été l’objet de nos recherches. Notre travail est celui d’un consultant-chercheur.

Au CSTB, nous avons à la fois à répondre à des exigences économiques et scientifiques. Le CSTB sous la tutelle du ministère de l’Equipement doit produire de la recherche. Cette inscription institutionnelle est importante, car elle contribue à définir le cadre de notre activité.

C’est à cette place que nous avons pu ainsi développer un champ d’intervention psychosociologique. Ceci nous a conduit à travailler dans des villes très différentes comme Dunkerque, Alès, Gennevilliers, Créteil, Aurillac... et à répondre à des demandes très diverses des collectivités territoriales mais aussi des ministères.

Nous œuvrons essentiellement dans le champ de l’action publique, en particulier celui de la politique de la ville. A chaque intervention, nous avons découvert de nouveaux lieux, des nouvelles identités collectives, des problèmes souvent communs à l’échelle du territoire, mais aussi des ressources, des désirs pour les transformer, toujours spécifiques... : travail de maïeuticien pour les dévoiler, aider à leur mise en œuvre, pendant et surtout après l’intervention, après notre départ.

A posteriori ces différents processus d’intervention psychosociologique peuvent être classés en trois catégories :

Le premier répond à une demande d’intervention, en situation de crise ; comment un tiers extérieur psychosociologue peut aider à faire face à des problèmes de violence, ou à des mises en danger des habitants et des professionnels ; avec quelles possibilités mais aussi quelles limites.

Aujourd’hui, trop souvent, face à des situations de déshérence, d’absence d’implication des responsables, les habitants et les professionnels de proximité sont seuls et sans recours face à des violences, parfois à des mises en danger. Outre le rôle de soutien, d’aide à l’élaboration avec les personnes concernées directement, le psychosociologue tient un rôle de « passeur », il aide à lire cette réalité, à en faire un objet de travail pour les responsables institutionnels et politiques, et contribue ainsi à réinventer des modes de présence et d’intervention. L’analyse proposée ne définit pas l’action, mais aide à la repenser, à se re-confronter à la réalité sans la dénier, ou sans en être fasciné, enjeu difficile de la lutte contre la violence.

Un autre mode d’intervention a davantage pour but de créer des processus de travail collectifs et inter-institutionnels, à partir de dispositifs prédéfinis.

En effet, ces dernières années, dans le cadre de la Politique de la ville, de nombreux dispositifs ont été contractualisés entre les villes et l’Etat. Pour autant tout un travail est nécessaire pour qu’ils soient « incarnés » à l’échelle de la ville en fonction des enjeux locaux et des ressources locales.

Notre travail a été alors, à partir de cette définition structurelle d’un dispositif, d’accompagner la mise en œuvre de processus visant à transformer les problèmes posés. L’échange entre les acteurs, le développement de cultures partagées, la création d’objets collectifs de réflexion et d’action ont permis « d’habiter » ces dispositifs initiaux et de favoriser leur effectivité dans la transformation des problèmes.

Un dernier mode d’intervention a pour but d’explorer un thème porteur d’interrogations et d’enjeux dans les choix politiques et dans les pratiques professionnelles et associatives. Ces thèmes sont souvent fédérateurs d’institutions très diverses et impliquent des niveaux de responsabilité à des échelles de territoires différentes.

Ces interventions constituent davantage des recherches collectives, car elles permettent avec l’aide du chercheur psychosociologue de construire des objets thématiques porteurs de nouvelles façons d’envisager les questions posées ; ce sont des objets prospectifs, mais nécessitant souvent des réponses immédiates.

Dans tous ces travaux, l’alternance entre le travail d’élaboration orale et l’écriture constitue une caractéristique de ces processus d’analyse collective et du rôle du psychosociologue.

Ceci permet à la fois la création de traces, de mémoires, de vocabulaire partagé face à des enjeux, des problèmes difficiles à « mettre en mots ». Nous tenons souvent ce rôle de passeur, de traducteur entre des réalités difficiles à appréhender parce que trop immédiates, ou parce que trop fragmentées.

Nous donnons du temps au temps, sans renoncer à transformer dès le début du processus les problèmes rencontrés dans leurs manifestations concrètes. Nous contribuons à créer des espaces de réinvention collective, de transition, entre l’immédiateté de l’action et le temps nécessaire à la pensée, à la réflexion.

Ceci n’est possible que lorsque les responsables politiques et professionnels peuvent encore prendre le temps de réfléchir, en ont les moyens financiers, font le choix d’une pensée collective et politique, par rapport à l’action et à l’efficience de celle-ci.

Face à la pression de l’efficacité gestionnaire, à la demande de résultats visibles immédiats par des indicateurs externes au processus d’action, il leur est difficile aujourd’hui de tenir de tels enjeux. Ceci demande une grande conscience partagée des enjeux politiques et sociaux et de la nécessité de s’y confronter dans leurs réalités.

La suite en téléchargeant l’ensemble de l’article de Joelle Bordet :

PDF - 176.6 ko
article Joëlle Bordet
La recherche action, une démarche collective pour élaborer une question- cahiers de l’action n°11

- Article extrait des Cahiers de l’action n°11 -
- publication éditée par l’Injep.
- sommaire du n°11 des cahiers de l’action sur le site Injep
- Contact rédaction : redaction@cahiersaction.fr
- prix de vente 12 euros
- contact vente : publications@injep.fr

En savoir plus :

- Joëlle Bordet

Articles, autres ouvrages :
- "Les jeunes et les violences urbaines"
- "Oui à une société avec les jeunes des cités"

[1] Joëlle Bordet est psychosociologue, au département économie et sciences humaines du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Elle est l’auteur de Les « jeunes de la cité » aux PUF et vient de sortir aux Éditions de L’Atelier Oui à une société avec les jeunes de cité.


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