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Politiques locales de jeunesse

Au sommaire du numéro 43 d’Agora débats/jeunesse
Mis en ligne le jeudi 14 juin 2007.

Dans l’éditorial du N°43 d’Agora débats jeunesse, Jean-Claude Richez évoque les politiques territoriales mises en oeuvre aujourd’hui et présente les cinq contributions du dossier de la revue de l’Injep sur les politiques locales de jeunesse.

Territorialisation des politiques de jeunesse

Un texte de Jean-Claude Richez [1]

Au point de départ de ce numéro d’Agora, les Rencontres de Marly organisées par l’INJEP, les 7, 8 et 9 décembre 2005, autour du thème « Douze ans de politiques territoriales de jeunesse 1993-2005 ». Il s’agissait alors de faire le point sur la territorialisation des politiques de jeunesse et le développement des politiques locales de jeunesse douze ans après une première manifestation organisée également à Marly-le-Roi, autour des mêmes thèmes, en mai 1993 [2].

La découverte du local

Revenir douze ans après sur cette manifestation nous semblait important. C’est seulement en réinscrivant dans la durée l’analyse des politiques publiques que celles-ci deviennent intelligibles.

Les processus de territorialisation relèvent à l’évidence de l’analyse du changement et comme le soulignent Joseph Fontaine et Patrick Hassenteufel : « Dans le cadre des analyses du changement, les échelles temporelles sont rarement spécifiées alors que son appréciation dépend à titre essentiel de celles-ci : le changement s’appréhende-t-il à l’échelle de quelques mois, d’une année, de cinq ans, de dix ans, de vingt-cinq ans [3]... ? »

Nous sommes partis d’une base arbitraire d’une douzaine d’années, entre 1993 et 2005 et reprenons ici les principales interventions faites dans le cadre des rencontres de 2005. Les journées d’études de mai 1993 avaient été organisées avec le concours d’une quinzaine de villes [4] .

Cette manifestation marquait la prise de conscience par les acteurs des politiques publiques de jeunesse d’une mutation dans les modalités de mise en œuvre de ces politiques. En témoignent la mobilisation des villes dans la préparation de ces rencontres comme les commentaires de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, dans sa préface à la publication des « actes ».

Dans ce texte de 1994, elle posait comme première réflexion la nécessité de prendre en compte « la nouvelle géographie des pouvoirs et des responsabilités entre les différents acteurs des politiques concernant les jeunes » et de commenter : « Longtemps, en effet, les dispositifs, les programmes les concernant ont été conçus pour l’essentiel au niveau national, sans tenir compte suffisamment des réalités locales.

Les lois de décentralisation ont ouvert la voie à l’intervention des collectivités territoriales - et singulièrement des communes - pour répondre aux attentes des jeunes [5]. » De cette « découverte » témoignent amplement ces « actes » profondément marqués du sceau d’une sorte « d’invention du local », invention qui comme pour tout objet nouveau nécessite qu’on en observe les effets, ce qui explique l’importance accordée, au cours de ces trois journées, aux « observatoires » comme outil privilégié de la connaissance et du pilotage des politiques publiques de jeunesse [6].

Des évolutions à analyser

Notre ambition était, douze ans après, de mesurer le chemin parcouru,de réinterroger les constats établis alors, de les reformuler aussi à la lumière des avancées théoriques faites dans le domaine de l’analyse des politiques publiques et, notamment, tout ce qui touche à la territorialisation. Ce processus fait l’objet aujourd’hui d’une littérature abondante parce qu’il touche l’ensemble des politiques publiques mais peu de travaux l’ont analysé spécifiquement dans le domaine des politiques de jeunesse.

Il s’agit donc dans un contexte profondément renouvelé de faire un état des lieux, de présenter des enjeux, de produire des connaissances en rapport avec ces transformations. Le contexte politico-administratif a connu une profonde recomposition, une nouvelle législation s’est mise en place avec notamment la loi Joxe de 1992 sur le développement de l’intercommunalité et qui apparaît sous la rubrique nouvelle d’« administration territoriale de la République », la loi Pasqua de 1994 dont les attendus évoquent « le développement territorial », acte II de la décentralisation (2004) ; de nouvelles entités sont apparues : communautés de communes, d’agglomérations, pays ; une deuxième vague de décentralisation a entraîné des transferts de compétences.

Et, dans cet environnement renouvelé, nous avons assisté à la montée en puissance dans la prise en charge des questions de jeunesse des collectivités territoriales, en même temps que de l’Union européenne et d’autres organismes tels que les caisses d’allocations familiales ou la Mutualité sociale agricole.

Des politiques territorialisées, mises en œuvre par l’État, semblent céder la place à des politiques territoriales, mises en œuvre par des collectivités. Ainsi, nous assistons actuellement à un repositionnement de l’État sur cette question et à une redéfinition des rôles des différents acteurs des politiques publiques de jeunesse, laquelle entraîne d’autres recompositions.

Les associations d’éducation populaire sont amenées à revoir leurs relations avec l’ensemble des partenaires institutionnels. Elles revendiquent d’être associées à l’élaboration, au pilotage et à l’évaluation des politiques éducatives plutôt que d’être réduites au rôle de simple opérateur. Dans cet esprit, leur positionnement spécifique, au contact des bénéficiaires des politiques de jeunesse, leur apporterait une sorte de reconnaissance.

À ces évolutions du territoire d’action, des modes de relations (État, services déconcentrés, collectivités territoriales, associations), des échelons de décision, il faut ajouter la dimension européenne qui modifie l’organisation des sphères de décision et la définition des priorités d’action, avec, certainement, un impact généralement sous-évalué.

Cette recomposition est à interroger dans ses mécanismes et dans les nouvelles dynamiques qu’elle engendre. Les cinq contributions des rencontres de Marly-le-Roi de 2005 répondaient, chacune à leur manière, et à partir de positions très différentes par rapport au champ (chercheurs, experts, consultants), à ces différentes questions.

Au sommaire du dossier, les contributions de :

- Patricia Loncle, [7] : Évolutions des politiques locales de jeunesse
- Francine Labadie, [8] : Politiques locales de jeunesse et territorialisation de l’action publique
- Jean-Pierre Halter, [9] : Politiques territoriales de jeunesse et transversalité
- Cyprien Avenel, sociologue, [10] : Politiques de jeunesse : universalité, ciblage ou « discrimination positive » ?
- Noëlle Diebold, [11] : Parier sur l’habileté sociale des jeunes.

Télécharger l’éditorial de Jean-Claude Richez :

PDF - 181.6 ko

Agora débats/jeunesse n° 43 : Politiques locales de jeunesse. Dossier coordonné par Jean-Claude Richez, avec la collaboration de Chantal de Linares et Francis Lebon

[1] Responsable de l’Unité de la recherche, des études et de la formation de l’Injep.

[2] Injep, Politiques locales jeunesse : journées d’études 1993, INJEP, Marly-le-Roi, 1994

[3] Fontaine J., Hassenteufel P., « Quelle sociologie du changement dans l’action publique ? Retour au terrain et “refroidissement” théorique », in Fontaine J., Hassenteufel P. (dir.), To change or not to change : les changements de l’action publique à l’épreuve du terrain, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res Publica », Rennes, 2002, pp. 9-29

[4] Auxerre, Bordeaux, Champs-sur-Marne, Épinal, Grenoble, Lorient, Marbach, Nantes, Saint-Brieuc, Saint-Égrève, Saint-Priest, Strasbourg, Toulouse, Villeurbanne. Elles avaient réuni près de deux cents participants et une cinquantaine de villes. Quatre grands principes avaient alors été dégagés :

- L’élaboration des politiques de jeunesse ne peut se faire en dehors des jeunes eux-mêmes, de tous les jeunes (principe de participation).
- Une politique de jeunesse ne peut s’inscrire que dans la durée et la continuité des actions et des dispositifs mis en œuvre (principe de continuité).
- Toute politique de jeunesse doit pouvoir répondre aux questions : qui fait quoi ? avec qui ? et pourquoi ? (principe de visibilité).
- Visibilité et lisibilité des politiques requièrent des moyens adéquats, qui eux-mêmes traduisent des volontés politiques fortes (principe de réalité).

[5] Politiques locales jeunesse : journées d’études 1993, op. cit., p. 7.

[6] Les « observatoires » étaient alors à la mode. À l’occasion de ces trois jours furent présentés : l’observatoire régional de santé et d’action sociale de Lorraine, l’observatoire de la demande sociale des jeunes en Région Bourgogne, l’Observatoire de l’action sociale décentralisée, l’observatoire social de Gironde, l’Observatoire du monde de la jeunesse à Turin, voir pp. 149 à 219 dans Politiques locales jeunesse : journées d’études 1993, op. cit.

[7] enseignante-chercheuse à l’ENSP, département Politiss et Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires

[8] chargée de mission à la Délégation au développement et aux affaires internationales, ministère de la Culture et de la Communication, ancien rapporteur de la commission « Jeunes et politiques publiques » au Commissariat général du Plan

[9] sociologue, directeur de l’association Méthodes et sciences humaines, chargé de recherche, d’études et de formation associé à l’Injep

[10] chargé de mission à la CNAF, enseignant à l’IEP de Paris

[11] psychologue clinicienne, socio-analyste, chargée de cours aux universités de Bourgogne, Paris-V et Paris-XII


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