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Un article du Conseil national de la vie associative

Nouvelles formes de l’engagement

Les associations doivent s’ouvrir à de nouvelles énergies juvéniles
Mis en ligne le mercredi 5 janvier 2005.

L’adhésion à une association s’enracinait dans la culture sociale et politique de l’individu. Celui-ci, par un long travail d’acculturation, signifiait son appartenance par l’adoption des traditions du groupe. Ce modèle militant traditionnel fondé sur les engagements affinitaires aurait cédé la place à un modèle régi désormais par les engagements contractuels, à moins que la nouveauté réside dans l’affranchissement des engagements.

Jeunes et nouveaux engagés : des attentes nouvelles

 

Les temps passés avaient montré une structuration des associations autour d’une identité partagée. L’adhésion à une association prenait sa source dans la culture sociale et politique de l’individu. La participation à ses activités revenait à contribuer à la réalisation d’une œuvre collective. L’adhésion, l’affiliation sont d’ailleurs des termes très forts montrant l’acculturation provoquée par l’appartenance à un groupe dont il était nécessaire d’adopter les traditions. Lors de l’accueil des nouveaux adhérents, il était de coutume de présenter d’abord l’histoire du mouvement, sa logique d’ensemble, son mode d’organisation interne pour que les « bleus » s’approprient dès le départ les principaux repères de l’association.

C’est en cela qu’il existe une profonde différence entre les « nouveaux bénévoles » et le modèle militant traditionnel. Alors que ce qui fonde une association, ce qui doit être l’objet du ralliement des adhérents est une finalité partagée, ce qui motive aujourd’hui les « nouveaux bénévoles » réside davantage dans l’action qu’ils conduiront eux-mêmes. Martine Barthélémy décrit ce passage des engagements « affinitaires » aux engagements contractuels ; Jacques Ion parle quant à lui d’affranchissement des engagements1.

Observons à ce stade que ces manières d’agir sont le fait de nouveaux bénévoles plutôt que de jeunes bénévoles. L’âge est moins déterminant que la nouveauté de l’engagement. Analyses, rencontres et lectures tendent unanimement à montrer que les retraités qui se mettent à participer activement à des associations à la fin de leur vie professionnelle ont des attentes très semblables à celles qui paraissent caractériser l’état d’esprit des engagés étudiants.

L’engagement est désormais devenu une affaire beaucoup plus individuelle, cette évolution étant renforcée par l’élévation du niveau d’éducation. Des logiques d’appartenances (géographiques, professionnelles, sociales) demeurent, mais affaiblies, au point que des ruptures dans les parcours d’engagement deviennent possibles (par exemple : passage du Secours catholique au Secours populaire). C’est que, souvent, l’association n’est plus que le cadre, le support du dispositif auquel on collabore. Il ne s’agit évidemment pas de refuser l’identité du groupe, mais de rechercher une relative neutralité idéologique, en tout cas l’absence de prédilection pour les discours élaborés sera considérée comme un gage d’efficacité. Les Scouts de France comme la Ligue de l’enseignement pourront être fréquentés largement au-delà des rangs aujourd’hui clairsemés des seuls catholiques pratiquants réguliers ou des militants laïques, à condition, du moins, de mettre davantage en avant le pragmatisme de leur démarche que leur idéologie fondatrice. De même, un bénévole, particulièrement s’il est jeune, pourra douter de son engagement s’il se sent oppressé par la survalorisation des dogmes fondateurs, quelle que soit la sympathie qu’il peut éprouver pour une cause ou une organisation.

D’une participation à une finalité collective, la mode est aujourd’hui à la réalisation d’objectifs plus personnels. Ce qui compte surtout, c’est de pouvoir répondre de soi ! La participation associative permet bien sûr de s’ouvrir à la société. Elle peut notamment représenter une étape qui permet de pallier l’absence d’héritage familial. Mais chaque individu devient créateur de réseau. L’engagement est une voie pour dépasser l’individualisme, un « moi-nous » associatif se substituant au « moi-je ».

Cette recherche du « nous » paraît devoir être considérée comme un processus de « réassurance de soi »2. Malgré la connotation aujourd’hui quelque peu passéiste du terme, elle s’apparente à une volonté de fraternité. Elle est, en effet, un moyen de mieux se situer dans la société, notamment en étant reconnu par d’autres individus et collectifs vivant des situations semblables. Ce phénomène pouvant sans doute être mis en relation avec la fréquence et l’ampleur croissantes des mouvements de défense des droits.

Il n’est d’ailleurs pas anodin que l’important rapport rédigé par Dominique Charvet3 pour le Commissariat général du Plan, portant sur les politiques publiques destinées aux jeunes, ait lui aussi tâché d’articuler individuation et collectif. Derrière le beau titre « Jeunesse, un devoir d’avenir », l’auteur a mis en lumière l’allongement de la période de jeunesse jusqu’à trente ans, les jeunes vivant des parcours très hétérogènes et fréquemment brouillés, empruntant volontiers des chemins de traverse (césure au cours des études) ou intégrant parfois aussi des retours en arrière dans le processus d’acquisition de l’autonomie (retour au domicile parental). Dans ce paysage riche et confus, les classiques mesures collectives s’avèrent trop souvent inadaptées aux situations individuelles pratiques. Le rapport propose alors la mise en place de « droits individuels pour tous » qui restent à préciser (autour notamment du droit à x années d’études, à accomplir en une ou en plusieurs fois), mais qui rejoignent conceptuellement notre propos quant au fait qu’individu, collectif et solidarité peuvent devenir des notions complémentaires.

Cependant, naguère, l’engagement visait le plus souvent à donner un coup de main à une équipe ; l’essentiel était l’objet fondateur, non la tâche accomplie par chacun des membres. Aujourd’hui, les intervenants bénévoles souhaitent que leur action personnelle corresponde à la finalité qu’ils se sont donnée. Alors, pas question de se motiver si c’est simplement pour des mises sous plis ou des travaux administratifs au sein d’une association caritative ou solidaire. À l’inverse, il est possible de poursuivre une visée sociale dans une association dont l’objet est artistique ou environnemental.

Évidemment, il faudra contractualiser les termes de cet engagement avec d’autres, mais il n’est pas question pour ces « nouveaux bénévoles » de ne pas maîtriser l’altération de sa personnalité et de se fondre simplement dans un groupe au service duquel on se range.

Des jeunes plus passionnés et plus curieux

De par leur condition sociale particulière, les jeunes développent quelques attentes spécifiques au sein de la population des bénévoles. En outre, si les travaux de l’INJEP montrent que le système scolaire français favorise moins la participation associative que dans d’autres pays européens, il est indéniable que, parmi les jeunes adultes, les étudiants disposent pour participer à la vie associative, de conditions tout à fait privilégiées par rapport aux jeunes travailleurs. Allier découverte d’un nouvel emploi, trop souvent précaire, avec une activité associative et a fortiori avec une prise de responsabilité relève de la gageure. Les constats qui suivent valent donc essentiellement pour les étudiants. Ils s’appuient sur le rapport confié au président de l’Observatoire de la vie étudiante, Guillaume Houzel, par les ministres de l’Éducation et de l’Emploi4. Expression d’une passion, désir de découvrir des univers inconnus, volonté de se tester, d’affirmer sa personnalité ou d’acquérir une reconnaissance de soi plus importante, sont les principaux termes qu’il convient de relever. Encore heureux que les jeunes soient capables de passions. Issues d’une pulsion profonde, d’une rencontre de hasard, d’une construction plus progressive, elles deviennent l’alpha et l’oméga d’une vie, au moins pour un temps. Le monde étudiant fourmille de caractères plus ou moins originaux, qui consacrent toute leur énergie qui à l’observation du ciel, qui à la philatélie, à une forme musicale spécifique ou à la dernière génération de jeux en réseau. Les études leur laissent souvent le temps de les assouvir, au moins partiellement. Si ce n’est pas le cas, les plus engagés sauront prendre leurs responsabilités.

Si ces passions sont éminemment personnelles, les réalisations qui en découlent peuvent être très collectives. La forme associative se révèle très adaptée à ces épanouissements. Le partage de ces vocations est tout à la fois rassurant et motivant. Ce peut être flatteur d’affirmer son caractère et l’originalité de ces goûts, ce n’en est pas moins difficile à assumer en permanence. Le regroupement de ceux qui ont quelque chose en commun a toujours été une caractéristique du genre humain et l’essence de la famille associative. En outre, la coopération avec ceux qui partagent des inclinaisons peut donner plus de piment, d’envergure aux activités. Ensemble, il est possible de faire davantage, jusqu’à s’inscrire, si le cœur y est, dans la sphère publique, en interpellant au-delà des rangs des aficionados. Très clairement, hobbies et passions sont ainsi à l’origine de nombre d’associations étudiantes, vite fondées, souvent peu structurées, mais capables de grandes initiatives grâce à l’énergie et à la créativité de ceux qui les animent. Nombre de jeunes sont aussi désireux de découvrir des univers qu’ils ignorent encore. Passée la majorité civile, il est souvent temps de s’aventurer hors du giron familial. Donner corps à des valeurs de solidarité auxquelles ils adhèrent, en même temps qu’élargir leurs horizons apparaît comme une motivation forte pour beaucoup de bénévoles.

L’engagement constitue ici un cadre en même temps qu’il fournit un prétexte. Il est également possible de créer sa propre association ou d’en rejoindre une autre, déjà bien établie. Si la logique diffère, entre la prise d’initiative autonome et la participation à un dispositif déjà installé, pour un individu, il s’agira toujours de tester sa personnalité dans un univers au départ inconnu.

Ainsi, il apparaît que la même tâche s’avère moins motivante selon le territoire où elle se déroule. Après un premier temps où il est plaisant de revenir sur le terrain de son adolescence, les étudiants qui viennent expliquer dans leur lycée la réalité de l’enseignement supérieur afin d’aider à l’orientation scolaire sont bien moins constants que ceux qui s’engagent à intervenir dans un établissement qu’ils ignoraient auparavant. Leur responsabilité est bien plus exposée lorsqu’ils paraissent sur scène directement en tant qu’adultes, tandis que le retour à l’environnement antérieur apporte beaucoup moins au jeune qui vient de franchir une étape. « Rendre à la communauté » selon l’expression américaine bien connue (Give back to the community), intéresse moins semble-t-il nos jeunes concitoyens. Ou plutôt, ils sont très souvent d’accord pour agir utilement pour les autres, mais, peut-être fidèles à l’esprit républicain qui caractérise notre histoire politique, n’attachent pas tant d’importance à leur environnement immédiat.

Un phénomène semblable s’observe d’ailleurs au cœur des universités, où l’entraide étudiante reste très marginale. Alors que des milliers d’étudiants s’engagent pour des activités d’accompagnement scolaire, viennent dialoguer avec des sans domicile fixe, aident à la conduite de projets de développement local ou la fondation d’entreprises, agissent contre les risques sanitaires, pour la sauvegarde d’un environnement, pour démocratiser l’accès à la culture... Les étudiants étrangers sont mal accueillis. Les personnes handicapées peu aidées. Les nouveaux venus peinent à trouver leurs marques, dans une indifférence largement partagée, il est vrai, par des administrations encore peu habituées à porter attention aux soucis quotidiens des étudiants. DES ETUDIANTS QUI PREPARENT LEUR INSERTION PROFESSIONNELLE Après avoir intégré l’enseignement supérieur, l’étudiant se soucie bien sûr de son avenir professionnel, tant parce qu’il ignore ce qui lui sera proposé que parce qu’il peine à déterminer lui-même ce qui le motivera suffisamment. Il est très connu que, depuis quelques années, les jeunes diplômés ne sont plus prêts à s’engager dans une vie professionnelle accaparante et qu’ils estiment dénuée d’utilité sociale. L’équilibre est par tous réclamé, entre le temps de travail et le temps privé. Au-delà, les futurs salariés aspirent à s’épanouir dans un métier qui donne du sens à leur vie.

Brisant l’enceinte académique, des stages de plus en fréquents, longs et nombreux permettent de se familiariser avec des environnements professionnels. L’engagement bénévole joue souvent un rôle similaire, quoiqu’il importe de distinguer plusieurs façons de se tester ainsi.

La première dimension est fortuite. Alors que l’enseignement universitaire est très général, l’implication dans une association étudiante paraît cousiner de près avec des métiers très concrets. Au fil des engagements, de très nombreux étudiants ont ainsi radicalement changé d’orientation sous l’influence de leur pratique associative. À Lille, un étudiant en biologie, désespéré devant l’atonie de son campus, photographie les « faux-fuyants » universitaires ; il passe aujourd’hui sa vie à manier appareils, pellicules et logiciels de retouches d’images dans son « mobilabo ». À Montpellier, un étudiant en géographie distingué pour sa belle voix de baryton se passionne pour le montage d’événements artistiques ; il dirige aujourd’hui le service culturel du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS). Allonger la liste de ces exemples serait assurément fastidieux, mais c’est un phénomène très important que celui qui fait du monde associatif étudiant un déclencheur de vocations.

La deuxième dimension révèle une stratégie plus calculée. La participation associative et bénévole s’avère un moyen de tester une voie qui intéresse mais qui reste méconnue, ou de montrer la profondeur et la cohérence d’une vocation qui ne manque pas une occasion de s’exprimer. Ainsi, de nombreux étudiants qui accompagnent scolairement des élèves en difficulté aspirent-ils à devenir enseignants, à tout le moins s’interrogent-ils sur cette carrière. Leur bénévolat permet tout à la fois d’accroître leur compétence, de vérifier leur goût pour la posture d’instructeur et d’éducateur, mais aussi d’afficher leur détermination et un début d’expérience. La participation à des activités bénévoles d’accompagnement scolaire est ainsi prise en compte dans les dossiers de candidature aux Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM).

De même, pour renforcer un parcours scolaire plus ou moins spécialisé, nombreux sont ceux qui se testent et s’affichent par la conduite de projets qui font écho aux carrières qu’ils envisagent. Un étudiant juriste qui s’intéresse à la production audiovisuelle pourra fonder une télévision étudiante. Un autre, économiste, portera un projet de solidarité internationale, avant de se professionnaliser dans un organisme dépendant des Nations unies. La participation associative se rapproche ici de la logique des stages, encore qu’il ne soit pas du tout indifférent de disposer ou non d’un tuteur, d’être ou de ne pas être à l’initiative de cet engagement.

La troisième dimension apparaît un peu plus floue. Elle revient sans doute à la découverte d’autres horizons. Ainsi, rares sont les génépistes (du nom du Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées, GÉNEPI) qui souhaitent faire carrière au sein de l’administration pénitentiaire, quoique vingt-cinq ans d’histoire aient pu produire des contre-exemples. Mais il importe à beaucoup de ces militants de réussir la difficile mission qu’ils se sont fixée. Les étudiants engagés sont souvent conscients de ce que leur apportent leurs activités militantes. Tandis qu’ils expliquent que leur participation associative, à laquelle ils consacrent beaucoup plus de temps que la moyenne des bénévoles est sans doute néfaste pour leurs études, ils sont persuadés de ses effets bénéfiques sur leur insertion professionnelle, non seulement grâce à l’image qu’ils peuvent ainsi donner d’eux-mêmes (expression d’une personnalité), mais aussi pour les compétences réelles qu’elle leur apporte. L’important sera alors, non pas le terrain d’engagement et sa cohérence avec un éventuel parcours professionnel ultérieur, mais simplement de s’être prouvé, en premier lieu à soi-même, sa capacité à jouer un rôle d’adulte en société, d’avoir assumé des responsabilités dans des situations pas toujours évidentes. C’est ainsi que la possibilité de s’exprimer personnellement au cours de son intervention bénévole apparaît comme l’un des désirs les plus forts chez ceux qui aspirent au bénévolat. Plus encore que d’autres « nouveaux bénévoles » qui considèrent leur engagement comme essentiellement individuel, les étudiants réclament que leur soit donnée la chance d’une expression personnelle dont il est indispensable d’encourager le développement. UN ALTRUISME RENOUVELE Le recensement de ces différentes stratégies et motivations ne doit pas conduire à remettre en cause l’altruisme de ces jeunes bénévoles. Suivant l’idée de Daniel Gaxie5, tout engagement se nourrit de rétributions qui peuvent être d’ordres très divers. L’appréciation de soi, le regard des autres, la reconnaissance sociale générale sont autant de raisons bien connues. Les rétributions originales observées au sein du monde étudiant ne sont pas plus contestables.

Ainsi, la solidarité représente sans conteste la première valeur à laquelle se réfèrent les jeunes bénévoles. Si son terrain d’application peut différer d’un individu à l’autre, selon ses expériences personnelles, les hasards des rencontres et les goûts qu’il développe, la première nature du bénévolat est de se tourner vers d’autres, de leur consacrer de l’attention et du temps, à l’opposé des normes matérialistes qui traumatisent notre société. Parmi d’autres enquêtes, le récent « baromètre de la citoyenneté » du CIDEM montre ainsi que les Français, et particulièrement les étudiants et les lycéens, estiment que l’on s’engage dans une association avant tout pour défendre une cause, des idées, pour aider les autres, et pour faire progresser la société. Les méfaits de l’exclusion sont bien sûr dans toutes les têtes. Le risque de désaffiliation atteint le cœur de la société et guette ou met en danger les proches de beaucoup de nos concitoyens. Tous ou presque se sentent concernés. La plupart, en conséquence, sont motivés pour contribuer à ré-affilier les plus démunis sur un plan ou un autre. Car ces faiblesses sont diverses. Elles peuvent être d’ordre économique, éducatif, culturel... Les réponses des bénévoles le sont tout autant. Tous les domaines peuvent s’avérer pertinents. Cette action sociale peut être mise en œuvre aussi bien dans le champ sportif qu’environnemental, en s’intéressant au monde entier ou dans une action dont l’horizon est limité au quartier. Les associations spécialisées dans l’action sociale ne sont d’ailleurs pas toujours les plus attrayantes.

Ne pas tout céder aux nouveaux bénévoles ?

Devoir prendre des engagements au-delà de ce qu’ils peuvent supporter sans gêne fait partie des craintes des bénévoles. Leur bonne conscience est travaillée par les limites qu’ils posent à leur engagement. Quand tant d’activités restent à mener, quitter le local associatif pour regagner ses confortables pénates pose vite un problème. Un des freins à l’engagement réel consiste très certainement en la crainte de culpabiliser parce qu’on n’en fait pas assez. Choisir soi-même est déjà difficile. Devoir refuser s’avère pire encore. Or, il n’est pas simple pour une association de savoir lever ces préventions, alors que la bonne conduite des activités réclame la permanence, voire la pérennité des dispositifs. Quand un programme est défini pour une période donnée, l’association qui le gère souhaitera s’assurer de la présence de bénévoles motivés pour l’intégralité de cette durée. Ces derniers, de leur côté, entameront la même activité dans l’idée de tester leur intérêt et leur adaptation à l’œuvre entreprise. Un trop grand écart entre les dires des uns et des autres à l’occasion de la rencontre initiale peut décourager des bénévoles.

En revanche, une fois en « poste » dans des dispositifs bien pensés, les bénévoles se révèlent souvent particulièrement fiables. C’est sans doute, en reprenant la formule de Maud Simonet-Cusset6 que le bénévolat apparaît tout à la fois comme un engagement, avec sa part d’adhésion à des principes, et comme un travail, avec le sérieux que ce terme suppose. L’équilibre entre les deux idées est important. La définition du bénévolat proposée par le récent guide édité par le ministère de la Jeunesse et des Sports insiste sur cet aspect, aux dépens assurément de la dimension philosophique. Le bénévolat y est défini comme « une situation dans laquelle une personne fournit à titre gratuit une prestation de travail pour une personne ou un organisme ». Il ne faut jamais négliger la part morale ou politique intrinsèque au bénévolat. Mais de la même manière, la formidable part de concret qui fait son identité le distingue d’un militantisme plus idéologique où le discours et l’espoir messianique de refaire le monde donnaient son sens à l’action.

Une anecdote illustre remarquablement cette dualité. Les nombreux bénévoles des Restos du cœur sont connus pour le sens de leur activité. Ils incarnent très fortement le combat contre l’exclusion, quitte à être les acteurs d’une divulgation de l’impuissance de l’État face à des maux sociaux qui s’incrustent dans toutes les villes depuis trop longtemps. À l’automne 2001, les bénévoles parisiens ont fait grève, pour protester contre la décision annoncée par leur association de ne plus distribuer que des repas froids. Considérant ce choix comme inacceptable, ils ont entamé une négociation qui a fait reculer leur « direction ».

De façon plus légère, il est courant pour un bénévole de dire que dans son association, son job, son travail est de... Il décrira d’un côté ses motivations qui relèvent du plan des valeurs, de l’autre, un aspect quotidien finalement très professionnel. Ces conceptions largement répandues sont en parfaite adéquation avec la transformation des engagements vers des pratiques plus individualisées. Ce n’est plus seulement l’objet de l’association qu’on décrit, mais aussi ce que chacun y fait personnellement.

Le dosage entre les deux termes de travail et d’engagement est une grande difficulté de l’animation des groupes de bénévoles. Tirer trop vers l’un, c’est risquer de faire perdre tout son sens à la participation, ce qui s’avère néfaste y compris au résultat concret des activités. Confondre sens donné à l’engagement et appartenance identitaire, c’est retomber dans le hiatus précédemment décrit, où les associations font fuir les volontaires à force de dogmes et de tradition.

La volonté répandue de s’affranchir des contraintes de la démocratie représentative doit pourtant susciter de profondes interrogations. Jacques Ion a ainsi constaté des évolutions frappantes. Les cahiers d’associations ont fréquemment disparu. Les règles de fonctionnement ont été bousculées (entrée, célébration). Les assemblées générales peuvent être ouvertes à des non-adhérents. Les réunions statutaires qui se déroulaient souvent le dimanche matin dans les années 1960 se déroulent en 1990 plutôt en fin d’après-midi. Elles duraient deux heures et demie et ont vu leur durée réduite à la moitié. Les réseaux fédératifs peinent à mobiliser pour les activités de coordination éloignées du local et du concret. L’attachement pratique à la démocratie représentative s’étiole, s’accompagnant de l’affaiblissement de la légitimité du nombre, au profit de témoignages directs.

De ce point de vue, le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne qui est, sans conteste, l’un des principaux mouvements de jeunes apparaît comme un exemple encourageant. Alliant démarche pratique efficace et discours politique volontariste, le MRJC, après avoir traversé le siècle et connu des mutations essentielles, développe encore des moyens considérables pour faire vivre un véritable processus d’éducation populaire et former ainsi des générations de cadres associatifs durablement militants. Même si, là aussi, la capacité à proposer un modèle de société, à porter une idéologie a faibli.

Fédérer autrement : les jeunes à l’épreuve

Le hiatus constaté entre les traditions du monde associatif et les pratiques des « nouveaux bénévoles » ne cesse d’être inquiétant. Il peut bien sûr être relativisé par d’importantes nuances. D’abord, les traditions associatives les plus ancrées se transforment malgré tout, et les associations les plus solidement établies voient certainement des générations de responsables faire évoluer, peut-être un peu lentement, leurs modes d’action et de régulation, sans remettre en cause le fonctionnement associatif initialement pensé. Ensuite, les identités de ces « nouveaux bénévoles » sont diverses et permettent d’espérer que certains jouent un rôle d’intercesseur entre ces âges associatifs. Enfin, de nombreuses tentatives, des plus modestes aux plus ambitieuses représentent autant d’expériences intéressantes pour enrichir la réflexion et les pistes de réponses pratiques pour ceux qui souhaitent activement le renouvellement du mouvement associatif.

Ainsi, le réseau des « juniors associations », fondé à l’origine par la Ligue de l’enseignement, le GIP Défi-jeunes et J. Presse, désormais rejoints par la Fédération des centres sociaux et la Confédération des MJC, propose une sorte de « conduite accompagnée » d’une association à des jeunes entre 13 et 18 ans. Pour l’anecdote, il est intéressant de noter que l’idée a d’abord été défendue par un militant lycéen profitant de sa participation au rassemblement étudiant « Campus en été » pour exprimer ses frustrations légitimes au directeur de la jeunesse et de l’éducation populaire et à un responsable de la Ligue de l’enseignement.

En effet, la loi de 1901 faisant d’une association une personne morale de plein droit, responsable devant la justice, il n’est pas possible de s’associer entre mineurs. La participation d’au moins un adulte est indispensable. Le dispositif « juniors associations » fédère des associations et des personnes ressources. Celles-ci se portent garant d’associations de fait entièrement composées de mineurs, qui, grâce à cet appui, peuvent disposer d’un compte en banque, géré avec une grande autonomie. Les « points d’appui » aident à passer les obstacles, et l’expérience montre que les jeunes réussissent à conduire leurs propres projets, sans avoir besoin de se faire souffler des idées à l’oreille par des adultes envahissants.

S’il est un peu tôt pour conduire une évaluation précise de ce dispositif, il est incontestable qu’il connaît un développement constant et a le grand mérite d’offrir aux jeunes un cadre souple pour mener des initiatives. Il implique aussi bien des associations que le groupement d’intérêt public qu’est Défi-jeunes.

Il s’agit en même temps de s’interroger sur l’avenir du parcours militant des animateurs de ces juniors associations. Ces micro-projets sont en effet la plupart du temps complètement extérieurs aux structures qui les soutiennent. Cette liberté est à court terme à la fois satisfaisante et nécessaire, à l’essor des initiatives des jeunes. Il semble en revanche qu’elle traduise aussi une difficulté de dialogue entre le centre de ressources et la petite association qu’il a vocation à fédérer. Ainsi, le jeune porteur de projets profite de l’organisation tutrice pour s’épanouir, mais n’est pas particulièrement amené à participer à son évolution.

Il est possible de dresser un parallèle entre ces juniors associations et l’essor du réseau Animafac au sein du monde étudiant, qui s’est également appuyé sur la Ligue de l’enseignement.

Bien sûr, il n’y a pas dans cet univers, de frein juridique à la liberté d’association et il y a bien longtemps que des étudiants animent des associations. Les « corpos », notamment, se sont organisées depuis le début du siècle, avec la création de l’Union nationale des étudiants de France.

Le monde associatif étudiant n’a pourtant commencé à se donner à voir et à entendre que très récemment. Non seulement la multiplication des associations étudiantes est un phénomène qui remonte à moins de vingt ans, accompagnant la plus importante vague de massification des effectifs étudiants, mais encore a-t-il fallu attendre un passé tout récent pour qu’un cap soit franchi et que l’univers morcelé des initiatives étudiantes se dote d’un acteur capable de l’inscrire dans ce qu’il est convenu d’appeler le « mouvement associatif ».

Ce n’est que depuis 1996 qu’Animafac a été fondée comme coordination généraliste (par opposition à thématique comme les radios campus, les Ingénieurs sans frontières, etc.) et associative (choisissant de ne pas s’impliquer dans les élections étudiantes, au contraire de l’UNEFoudela Fédération desassociations générales étudiantes).

Son essor s’appuie certainement sur sa fonction première d’outil de communication. Délimitant son influence et son champ d’action, ce réseau se définit comme un instrument d’échange d’expériences, un centre de ressources pratiques et un porte-voix expert, mais par essence modeste. L’apport concret aux étudiants, pour la conduite et le financement des projets, l’intérêt des moments d’échanges organisés systématiquement de façon très ouverte et permettant la rencontre entre des acteurs associatifs étudiants très divers, la mise en valeur par le réseau que chaque participant est en droit d’attendre, sont autant de raisons de l’adhésion des étudiants à une pareille démarche.

En même temps, la surface politique et institutionnelle du réseau a considérablement augmenté. Dès l’année 2000, Animafac rejoint la conférence permanente des coordinations associatives (CPCA). Au fur et à mesure que s’étoffent les conventions avec toutes sortes d’associations et d’institutions, elles renforcent tout à la fois les responsabilités et les moyens du réseau.

Le rapide essor d’Animafac ne doit pas laisser croire que le monde associatif étudiant puisse être solide et viable sur le long terme sans l’implication de l’ensemble du mouvement associatif mais aussi de l’institution universitaire, voire des collectivités publiques. Le monde associatif étudiant est avant tout une belle promesse. Son développement repose largement sur l’évolution des mentalités et demande que les individus redécouvrent le goût de vivre ensemble et reprennent confiance dans l’action collective.

Ainsi, l’attrait du projet concret et de l’engagement, circonscrit à ce que chacun cherche, se rencontre jusqu’au cœur d’Animafac, qui peine à renouveler et à dynamiser son équipe de coordination générale. Autant les étudiants adhérents associatifs apprécient presque toujours la démarche et les événements proposés par le réseau, autant sont trop rares ceux qui acceptent de porter activement la coordination et d’assumer leur part des besoins les plus généraux du monde associatif étudiant. Mais ce phénomène n’a rien de spécifique au monde étudiant.

Sans tomber dans un catalogue trop fastidieux des acteurs, quelques exemples méritent d’être encore cités. Au sein des lycées, les journaux représentent des vecteurs non négligeables de l’affirmation de la personnalité d’adolescents épris de liberté. Depuis plus de vingt ans, J. Presse aide leur structuration et rassemble des données intéressantes sur leurs centres d’intérêt et modes de fonctionnement. Dans le monde étudiant, le Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées (le GÉNEPI, déjà mentionné), l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) dans le domaine de l’accompagnement scolaire, la Route des jeunes dans celui de la Sécurité routière, ont permis l’essor de la figure de « l’intervenant social étudiant ». Près de 7000 étudiants sont concernés par ces trois structures à elles seules. Les bénévoles rejoignent là un dispositif déjà plus ou moins structuré pour conduire une action concrète s’inscrivant dans une visée sociale. Dans les quartiers, trouver sa voie entre l’association para-municipale pour les jeunes et le comité spontané sans efficacité s’avère bien difficile. Depuis la « marche des beurs » en 1983, les tentatives pour rendre viable un mouvement issu des quartiers défavorisés ou de la jeunesse d’origine immigrée ont été nombreuses à échouer. Dernier grand mouvement en date, la fédération Stop la violence peine ainsi à construire dans la durée un espace autonome, inscrit dans une tradition d’éducation populaire mais faisant des jeunes les premiers responsables de leurs actions, au contraire d’une tradition établie qui les destinent essentiellement à un rôle limité de consommateur d’activités associatives. Le dynamisme durable de Débarquement jeunes à Rouen, de Droit de cité à Toulouse ou d’autres montre cependant qu’il est possible de trouver un compromis satisfaisant entre ces différents traits de caractères.

Quelles leçons tirer de ces expériences ?

Un peu de modestie s’impose, tant sont rares les études qui portent sur les jeunes et la vie associative. Hormis les incontournables publications de l’INJEP, les travaux de Jacques Ion ou de Dan Ferrand-Bechman, les quelques numéros de revue de-ci de-là, les efforts d’introspection d’Animafac ou le récent rapport de Guillaume Houzel sur les conditions de développement du bénévolat étudiant, il faut constater la méconnaissance générale qui règne sur ce sujet.

Ainsi, le Conseil national de la vie associative commence à peine à s’intéresser à la question. La mandature qui s’achève a vu la création d’un groupe spécifique (Jeunes et associations) qui pourrait, au fil du temps, faire ses preuves et irriguer le monde associatif d’informations et de conseils. Nous n’en sommes, reconnaissons-le, qu’au début, d’autant qu’il s’avère plus aisé, pour les associations les plus établies, de se plaindre de la mauvaise volonté des jeunes que de remettre en question leurs modes de fonctionnement et leurs traditions d’intégration.

Quelques grandes vérités peuvent toutefois être rappelées. En premier lieu, pour développer la participation des individus dans nos associations, jeunes ou vieux, il faut le vouloir. Les associations et les pouvoirs publics ont en la matière une responsabilité partagée. À force de rechercher prioritairement la clarté administrative et les résultats concrets, quantifiables « sur le terrain », les pouvoirs publics ont évalué l’efficacité des associations avec une grille de critères à la fois pauvre et pervertie. À force de se satisfaire de ces « partenariats », et de s’inquiéter de façon endogène du manque de fiabilité des bénévoles, les associations ont quelquefois devancé les pressions des bailleurs de fonds et contribué activement à évincer les bénévoles de leur cœur.

Ensuite, il faut faire avec la diversité des raisons d’engagements et des parcours militants qu’il serait déraisonnable de hiérarchiser. Certains veulent être porteurs de projet, d’autres donner un coup de main dans un cadre plus établi, les derniers participer à des délibérations et porter une parole collective. La typologie proposée par Guillaume Houzel pour décrire le monde associatif étudiant (les entreprenants, les intervenants et les représentants) fonctionne bien pour l’ensemble des jeunes. Acquérir le sens de la responsabilité et du travail en équipe en conduisant une initiative collective, découvrir un pan inconnu de la société autour d’une intervention sociale ou se frotter aux délices des concertations démocratiques, tout cela s’avère certainement complémentaire.

Il s’agit donc de proposer des réponses diversifiées et ouvertes, qui soient adaptées aux attentes immédiates des jeunes sans pour autant dévaloriser l’essence des associations. Détaillons ce qui n’est pourtant que du simple bon sens. Sans proximité avec les centres d’intérêt et les attentes des jeunes en matière de démarche, le monde associatif ne pourra séduire pratiquement. Il est nécessaire qu’il se rende accessible aux jeunes, notamment par de simples efforts pratiques (communication ciblée, démarche spécifique d’intégration, etc.). Il est en même temps nécessaire de ne pas affaiblir les processus civiques qui sont au cœur des idéaux associatifs, quoi que leur reformulation régulière soit un gage de pérennité des structures. Ce qui doit donc être travaillé, c’est le chemin, la pédagogie qui peut conduire des jeunes se déclarant avides de participation associative à s’approprier activement un objet complexe.

Enfin, l’expérience montre que de nombreux jeunes sont prêts à monter leurs propres projets. Le mouvement associatif a tout à gagner à s’ouvrir à ces énergies juvéniles, donc à organiser de nouveaux espaces de dialogue. Il est possible de construire un « partenariat » avec une association dirigée par des jeunes bénévoles, à condition que l’on n’attende pas d’elle de mener des actions à la manière de « professionnels ».

CNVA : Bilan de la vie associative, La Documentation française, 2003 Conseil national de la vie associative (CNVA)35, rue St Dominique, 75007 Paris Téléphone : 01 42 75 87 00 Courriel : cnva@cnva.pm.gouv.fr

1. ION, J., PERONI, M. (dir.), Engagement public et exposition de la personne, Éd. de l’Aube, 1997. 2. Selon l’expression d’Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, Éd. du Cerf, 2000. 3. L’un des rapporteurs, Marc-Olivier Padis, a été auditionné par le CNVA, le 16 novembre 2001. 4. Voir HOUZEL, G., Le pari des étudiants. Rapport sur le développement du bénévolat étudiant, mars 2002. Le CNVA était représenté dans le comité de pilotage du rapport par Nadia Bellaoui. 5. GAXIE, D., « Économie des parités et rétributions du militantisme », Revue française de Sciences Po, 27 (1), février 1977. 6. Maud Simonet-Cusset, dans sa thèse sur l’engagement bénévole Les mondes sociaux du travail citoyen, sociologie comparative de la pratique bénévole en France et aux États-Unis, 2000.

Note de la rédaction : La rédaction de la revue AGORA Débats/Jeunesse entend remercier le CNVA, en particulier Mme Chantal Bruneau, pour l’autorisation de publication du large extrait suivant portant sur le renouveau de l’engagement des jeunes.

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