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Article

« Les problèmes, ils restent pas où ils sont, ils viennent avec toi »

Appartenance ouvrière et migration de précarité
Mis en ligne le mardi 1er juin 2010.

Un texte de Nicolas Renahy (sociologue, chargé de Recherche à l’INRA) paru dans le n°53 d’Agora/débats jeunesses dans le dossier, "jeunes : riches et pauvres".

Pour Nicolas Renahy :

« "Jeunesse" et "mobilité" constituent deux catégories souvent associées, qu’il s’agit l’une comme l’autre de déconstruire. Si l’accroissement des mobilités résidentielles en début de vie active a donné lieu à de nombreuses analyses, le sens qu’elles prennent pour les jeunes de milieux populaires est rarement exploré pour lui-même. En retraçant la trajectoire d’un Portugais, fils d’ouvrier d’usine ayant longtemps navigué entre emplois de manœuvre dans le bâtiment, chômage, activités illégales et petite indépendance, nous proposons une analyse exploratoire de la manière dont la précarité peut se manifester dans l’instabilité géographique. »

- Article paru dans le n°53 d’Agora/Débats jeunesse

- conférence-débat pour la parution récente du numéro 53 de la revue Agora débats / jeunesses consacré aux « Jeunes, “riches” et “pauvres” », et à l’occasion de l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, le mardi 15 juin à 17h à Paris

Télécharger l’article de Nicolas Renahy :

« Les problèmes, ils restent pas où ils sont, ils viennent avec toi » Appartenance ouvrière et migration de précarité - paru dans Agora débats/jeunesses n° 53 : Jeunes, "riches" et "pauvres" – Processus de socialisation

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Nicolas Renahy
« Les problèmes, ils restent pas où ils sont, ils viennent avec toi » : Appartenance ouvrière et migration de précarité - Agora débats/jeunesses n° 53

Extrait de l’article de Nicolas Renahy :

« La question de la mobilité géographique s’avère souvent piégée par un postulat très ethnocentrique : au sein d’une « société fluide » la mobilité serait aujourd’hui devenue une contrainte nécessaire à l’accès à l’emploi, mais aussi un garant « d’enrichissement », « d’épanouissement personnel », bref, une étape obligatoire mais formatrice pour la jeunesse dans le cadre de sa formation ou de son début de carrière professionnelle.

Elle serait même devenue une nouvelle forme de capital social, d’emblée détenu par les catégories dominantes, et dont l’absence constituerait un « problème » pour les classes populaires.

De tels postulats, importés de l’univers du management [1] et de politiques publiques étasuniennes visant à favoriser l’accès à la mobilité urbaine des individus « pauvres », conduisent à ne considérer les classes populaires qu’en termes d’« enclavement  », d’« insularité » ou d’« immobilité forcée » – immobilité considérée comme « désastreuse [2] ».

Ces questionnements autour des « manques » retraduisent des questions sociales en termes spatiaux [3], et interdisent de fait de se donner la possibilité de comprendre le(s) sens que prend la mobilité géographique pour les populations les plus précaires.

Nous souhaiterions au contraire ici contribuer à lutter contre une « tentation géographiste » souvent présente dans les analyses en termes de ségrégation sociale, en réaffirmant la primauté de la prise en compte de l’histoire et de l’évolution de groupes sociaux dans la compréhension de la réalité sociale présente. »

(...)

[1] Boltanski, Chiapello, 1999

[2] Voir notamment Donzelot, 2004 ; Kaufmann, 2002 ; Le Breton, 2005 ; Lévy, 2000. Pour une mise en perspective critique, voir Bacqué, Fol, 2007 ; Ripoll, Rivière, 2007.

[3] Tissot, Poupeau, 2005.


Nicolas Renahy - « Les problèmes, ils restent pas où ils sont, ils viennent avec toi » Appartenance ouvrière et migration de précarité - paru dans Agora débats/jeunesses n° 53
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