Injep
 
 
 
Politiques d’éducation et de jeunesse

Accueil et information des jeunes

Participation, engagement, initiatives des jeunes

Lettres d’information du site Ressources jeunesse

Archives
Contact

 


Dans la même rubrique :

Le cinéma est-il politique ?
Promotion et accompagnement de la vie associative : 14 recommandations
Les utilisations du concept d’engagement
Jeunes et engagement : ouvrir les frontières

Dans la (les) même(s) thématique(s) :

> études ou recherches
Jeunes de rue et trafic de stups
Croiser les regards : un atout pour la réussite des élèves
Les jeunes de 12 à 25 ans, l’ordinateur et internet
Jeunesse "Les fractures majeures ne sont pas générationnelles, mais plus que jamais sociales et territoriales"

> cahiers de l’action injep
Quelques préalables sur la participation des jeunes
L’engagement des jeunes aujourd’hui
Conditions et enjeux d’une politique locale de jeunesse aujourd’hui
Les conseils généraux acteurs des politiques de jeunesse

> engagement
Jeunes de 16 à 18 ans : Un dispositif "argent de poche" piloté par un Point info jeunesse
Service civique : lancement du site Internet et témoignages
Service civil volontaire : quel impact sur les jeunes ?
Défi de l’Yonne : des projets de jeunes aux couleurs du monde


Une étude de la SOFRES réalisée en septembre 2002

Le rapport des jeunes à l’engagement

Mis en ligne le jeudi 3 mars 2005.

Cette étude a été réalisée pour le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche selon une méthodologie qualitative et s’appuie sur des réunions de groupes.

Les groupes étaient composés comme suit :

- Six jeunes, garçons et filles, de 15-16 ans, scolarisés au collège (classes de quatrième et troisième) dans des établissements plutôt difficiles (ZEP, quartiers de banlieue, jeunes ayant redoublé au moins une fois), de catégorie socioprofessionnelle « ouvriers/employés », habitant en banlieue parisienne.

- Six jeunes, garçons et filles, de 16-20 ans, scolarisés dans des lycées professionnels (classes de CAP ou BEP), de catégorie socioprofessionnelle « employés/professions intermédiaires », habitant à Dijon.

- Six jeunes, garçons et filles, de 16-19 ans, scolarisés en lycée dans des filières d’enseignement général (classes de seconde, première et terminale), de catégorie socioprofessionnelle « employés », habitant à Beaune.

- Six jeunes, garçons et filles, de 18-21 ans, scolarisés en lycée d’enseignement technique/professionnel (classes de terminale techniques et professionnelles, BTS, IUT), de catégorie socioprofessionnelle « employés », habitant à Tours.

- Six jeunes, hommes et femmes, de 19-22 ans, étudiants (niveau DEUG et ayant fait au moins une année de DEUG), de catégorie socioprofessionnelle « professions intermédiaires/cadres supérieurs », habitant à Tours.

- Six jeunes, hommes et femmes, de 20-25 ans, ni scolarisés ni dans la vie active en CDI (CDD, stages, recherche d’emploi), niveau BEP, de catégorie socioprofessionnelle « ouvriers/employés », habitant en banlieue parisienne.

Cette étude fait apparaître que l’hétérogénéité de la cible « jeunes » est une évidence. Les univers de représentation de l’engagement varient selon leur âge, leur situation scolaire ou universitaire, leur milieu... Cependant, la notion d’engagement est perçue très positivement par tous les jeunes interrogés. La SOFRES constate que son hypervalorisation est d’une certaine manière potentiellement contre-productive. En effet, elle conduit les jeunes à douter d’eux-mêmes, de leur apport potentiel aux structures existantes... Les jeunes consultés envisagent l’engagement sur le mode de l’intégration dans une structure, essentiellement une association préexistante. La question d’un nouveau projet ou d’une nouvelle association n’a pas été évoquée.

Des représentations diversifiées de l’engagement...

L’engagement comme choix

« On ne sait pas où on s’aventure. » « C’est comme être adulte... »
- Jeunes de 16-20 ans, ayant un niveau CAP/BEP, résidant à Dijon. Selon l’étude, les représentations associées par les jeunes à l’engagement concernent l’ensemble des choix particulièrement impliquants (parce qu’ils sont à long terme et perçus comme irréversibles) auxquels ils sont confrontés entre 15 et 24 ans : le choix des études, le métier, l’entrée dans la vie professionnelle, le mariage...

L’engagement dans ce cas est vécu par les jeunes interrogés sur le mode anxiogène du renoncement. En ce sens, s’engager, c’est devenir adulte. Cette dimension est prépondérante pour les plus jeunes et ceux dont le niveau socioculturel est le moins élevé (15-16 ans, niveau collège, et plus encore niveau CAP/BEP).

L’engagement comme aide

« Aider ses amis, la famille, un malade, les gens pauvres, les handicapés, les orphelins, les animaux, la nature, préserver les espèces, donner du temps, donner de l’argent aux pauvres et aux associations... »
- Jeunes de 15-16 ans, redoublants, en ZEP, résidant en banlieue parisienne. La deuxième représentation de l’engagement qui se dégage du rapport le fait l’assimiler à un don de soi, un échange, une aide. Il s’agit d’un échange direct entre des personnes engagées et les autres. S’engager, c’est donner de son temps, de sa personne ou de son argent. Il apparaît que cet « engagement du cœur » est plus prégnant chez les plus jeunes interrogés.

L’engagement comme contribution à une action collective

« Avoir un poste de direction, être calé en droit, prendre des responsabilités à Amnesty international. »
- Jeunes de 16-19 ans, en enseignement général, à Beaune. L’étude montre que cette dimension de la notion d’engagement n’est présente que dans le discours des jeunes socioculturellement plus élevés. Il s’agit d’engagements idéologiques, militants, voire politiques. La SOFRES juge que « l’engagement de la raison » exige la conceptualisation et la médiation, car il n’est ni instantané, ni concret, ni mesurable au niveau de ses effets immédiats sur les individus.

L’engagement comme point d’entrée d’un discours sur les valeurs

« Association, s’entraider les uns les autres, une main tendue, solidarité, c’est comme dire qu’on fait partie du monde. »
- Jeunes de 20-25 ans, en situation précaire, en banlieue parisienne. En arrière-plan du discours sur l’engagement, le postulat selon lequel il s’agit de quelque chose de noble, de respectueux et donc de très valorisé apparaît comme une évidence dans les résultats de l’étude. Les représentations vertueuses sont répandues et peuvent donner lieu à des visions idéalisées et/ou angéliques de l’engagement. La SOFRES montre que le discours est toutefois ambivalent : d’un côté, il rend compte d’une valorisation de l’engagement dont on pourrait penser qu’il facilite le passage à l’acte, de l’autre, il participe d’un phénomène d’idéalisation de l’engagement sur le mode de l’admiration ou de la fascination et peut, au contraire, générer en cela de la distance.

... mais des représentations communes de celui qui s’engage

« 25-30 ans, il a fini ses études, il est mature et dynamique, un urbain qui travaille dans le social. »
- Jeunes de 18-21 ans, en enseignement technique, à Tours. Les réponses des jeunes interrogés dans le cadre de l’étude décrivent une personne majeure, comme s’il fallait avoir déjà réglé un certain nombre d’engagements personnels pour avancer dans cette voie. Elle est dotée de valeurs morales (fraternité, solidarité, douée pour la compassion, rebelle...). Enfin, c’est une personne qui « assume et assure », sûre d’elle et de ses capacités.

Les représentations des motivations et des freins à l’engagement

Les motivations et les freins pour soi :

« C’est une victoire personnelle, on se sent mieux après. »
- Jeunes de 18-21 ans, en enseignement technique, à Tours. « La peur de ne pas respecter son engagement, de ne pas être à la hauteur. »
- Jeunes de 16-19 ans, en enseignement général, à Beaune. Selon la SOFRES, les jeunes interrogés associent fortement l’engagement avec « l’estime de soi ». L’institut constate que cette perception ne débouche pas pour autant sur un déclic. La plupart des jeunes interrogés font part de leurs doutes, de leurs craintes quant à leurs capacités. Ainsi, s’ils perçoivent l’engagement comme un moyen de faire des expériences, celui-ci n’apparaît ni comme un facteur d’apprentissage, ni comme permettant d’approfondir ses compétences ou d’en développer de nouvelles. Au contraire, le savoir et le savoir-faire sont des préalables à l’engagement. La peur de l’engrenage, c’est-à-dire d’un engagement envahissant au détriment de la construction de sa propre vie, est également présente, ce qui laisse à penser que l’engagement n’est envisagé que sur le mode du « tout ou rien ».

Les motivations et les freins pour les autres :

« Cela apporte du plaisir, se dépasser, on fait autre chose que regarder la télé, on fait connaissance, on ne s’ennuie pas. »
- Jeunes de 15-16 ans, redoublants en ZEP, en banlieue parisienne. « On m’a dit : “Tu es trop jeune à 16 ans pour les Restos du cœur”, alors que je voulais leur donner un peu de ma chance. »
- Jeunes de 18-21 ans, en enseignement technique, à Tours. Ces motivations sont très puissantes selon l’étude : l’ouverture à de nouveaux milieux, le sentiment très net d’utilité sociale et la reconnaissance sociale qui en découle. La peur de ne pas être pris au sérieux est d’autant plus forte qu’elle est fondée sur des témoignages qui se sont exprimés au cours des réunions de groupe. Leurs doutes sur leurs capacités se trouvent ainsi confirmés par l’image que leur renvoient certaines associations.

Les motivations et les freins pour/par rapport à la société :

« Quand je vois des massacres, j’ai envie de réagir. »
- Jeunes de 16-19 ans, en enseignement général, à Beaune. « On ne sait pas où s’informer, à qui s’adresser. »
- Jeunes de 19-22 ans, étudiants, à Tours. Il apparaît, selon le rapport, que ces motivations peuvent jouer le rôle de déclic. La transformation du constat d’un problème en levier nécessite une intervention extérieure (média, rencontre avec une association, cooptation par un ami...). Le manque d’informations est évoqué par l’ensemble des jeunes interrogés comme un frein à leur volonté de s’engager. La SOFRES estime que la décrédibilisation de certains types d’engagement, dont la figure emblématique est l’engagement politique, participe également de ce processus d’amoindrissement de l’envie de s’engager. L’égoïsme et l’individualisme sont également dénoncés par les jeunes interrogés, même si dans leurs pratiques, ils peuvent témoigner d’un individualisme qui constitue un frein à l’engagement.

Les représentations des types et niveaux d’engagement

Les engagements « détentes »

« Faire des fêtes, du théâtre, du sport, des voyages, ça nous intéresse. »
- Jeunes de 15-16 ans, redoublants, en ZEP, en banlieue parisienne. Il s’agit d’investissement dans des clubs de loisirs dont les jeunes sont souvent adhérents depuis longtemps ou d’actions dans des associations de lycéens et d’étudiants. La SOFRES constate que ces engagements s’inscrivent dans une continuité et, en cela, sont perçus comme plus faciles ou plus naturels.

Les engagements « caritatifs »« Altruisme, fraternité. »

- Jeunes de 16-19 ans, en enseignement général, à Beaune. Quelques jeunes interrogés se sont déjà engagés dans cette voie, généralement à l’initiative des parents, de l’école, du catéchisme. Beaucoup sont désireux de s’engager dans ce domaine, mais ils peinent à transformer leurs émotions en actions.

Les engagements « politiques »« Faire des œuvres engagées qui dénoncent des atrocités. »

- Jeunes de 16-19 ans, en enseignement général, à Beaune. « On ne peut pas faire grand-chose, on est vigilants, la démocratie peut décliner. »
- Jeunes de 16-19 ans, en enseignement général, à Beaune. Ils concernent les associations contre le racisme, les ONG, et sont mis en avant essentiellement par les étudiants. Toutefois, ce type d’engagement laisse la SOFRES perplexe : en effet, les jeunes se perçoivent plus comme vigilants qu’impliqués face à l’importance et souvent l’éloignement des enjeux et l’angoisse qu’ils génèrent.

Collaboration rédactionnelle, Marie-Pierre Pernette, à partir de l’étude réalisée par la SOFRES pour le compte du Ministère de jeusse de l’éducation nationale et de la recherche.

Télécharger l’ensemble de l’étude :

PDF - 93.8 ko
Etudes SOFRES septembre 2002
Le rapport des jeunes à l’engagement

Partagez cet article :