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La vie juvénile de rue et de cité lors des émeutes de novembre 2005

Mis en ligne le lundi 2 avril 2007.

Une journée d’étude organisée conjointement par le Cesames [1] et le Cerlis [2]était organisée le mardi 27 mars 2007 à la Faculté des Sciences humaines et sociales de la Sorbonne,Paris 5 René Descartes, sur le thème : "Comprendre les émeutes de novembre 2005".

A cette occasion est notamment intervenu Thomas Sauvadet, sociologue, auteur de l’ouvrage "Le Capital guerrier [3] : Solidarité et concurrence entre jeunes de cité" [4] sur le thème "La vie juvénile de rue et de cité lors des émeutes de novembre 2005".

Au début de son intervention, Thomas Sauvadet a rappelé que ses travaux s’appuyaient sur trois monographies réalisées via la technique de l’observation participante. La première a été effectuée dans une cité HLM (habitations à loyer modéré) de la banlieue sud de Paris où il a passé une bonne partie de sa jeunesse, et où il connaissait la totalité des jeunes qui "traînent" dans la rue. Sa présence y était naturelle et légitime, et il n’avait aucune justification à fournir. La seconde monographie a été menée dans une cité de la banlieue nord parisienne, et la troisième à Marseille.

Thomas Sauvadet a tout d’abord distingué les termes de banlieue et de cité : « Tout d’abord, évitons le terme "banlieue" : il existe en banlieue autant de quartiers "chics" que "chauds". »

A propos des "jeunes des cités" :

Thomas Sauvadet estime que la population juvénile qui réside dans les cités HLM n’est pas homogène : de fortes logiques de distinction séparent les jeunes qui sont dans la rue et qui revendiquent l’identité "jeunes de cité", des jeunes qui évitent cet espace et rejettent cette identité. Selon ses recherches, les premiers représentent environ 10% de la population masculine de moins de trente ans. Ils cumulent un ensemble de problèmes (conflits familiaux, surpopulation du domicile familial, pauvreté, déscolarisation, chômage...) et s’ancrent dans la rue dès le plus jeune âge

Les jeunes qui sont dans la rue dès l’âge de 5-6 ans sont issus de familles pauvres et nombreuses, mais la pauvreté -relative- n’explique pas tout précise t’il. Thomas Sauvadet relève des différenciations hiérarchiques : "il y a les caïds et les petits caïds d’une part et les "tox" (dominés parmi les dominés). Il y aussi les "fils à papa" originaires des petites classes moyennes qui pour certains s’identifient aux jeunes des rues.

A propos de la "vie de rue" :

« La "vie de rue" se montre de plus en plus violente, la compétition y règne et la moindre ressource aiguise les convoitises : les jeunes "de rue" sont de ce fait les premières victimes des jeunes "de rue", mais ils arrivent parfois à désigner un ennemi commun (bandes rivales, élus locaux, policiers, enseignants, simples passants au regard apeuré et/ou méprisant...) qui leur permet de faire front, de faire groupe en tournant la violence vers l’extérieur. Ils deviennent alors dignes d’intérêt, car ils posent problème... » [5]

Sont également intervenus lors de cette journée :

- Vincenzo Cicchelli, Maître de conférences Paris 5-Sorbonne, CERLIS,
- Olivier Galland, Directeur de recherche, CNRS, GEMAS-Paris 4,
- Jacques de Maillard, Professeur, Université de Rouen, PACTE-IEP de Grenoble et
- Séverine Misset, doctorante, Paris 5-Sorbonne, CERLIS

Ces 4 intervenants ont présenté les résultats d’une enquête sur les violences urbaines de novembre 2005 menée à Aulnay-sous-Bois (93) : http://ressourcesjeunesse.injep.fr/Comprendre-les-emeutes-de-novembre

- Michel Kokoreff, Maitre de conférences Paris 5-Sorbonne, CESAMES,
- Pierre Barron, doctorant, Université de Nantes,
- Odile Steinauer doctorante, CEMS-EHESS

ont présentés les résultats d’une enquête menée à Saint-Denis (93) : http://ressourcesjeunesse.injep.fr/Comprendre-les-emeutes-de-novembre

Didier Lapeyronnie, Professeur des universités, Université de Bordeaux II, CADIS est intervenu sur le thème "révolte primitive dans les banlieues françaises"

Pour Lapeyronnie, il faut comprendre ces émeutes en tant que mouvement politique. "Cela fait 30 ans que cela dure et c’est fréquent". Les émeutes sont liées à l’histoire sociale. Quatre points ont été abordés par l’intervenant : la dimension politique, la dimension anti-institutionnelle (et notamment policière), l’importance des marches silencieuses et la rationalité instrumentale de la violence . Didier Lapeyronnie estime que ce qui est central dans l’événement c’est la marginalité politique. Le système politique est à l’écart.

- Cyprien Avenel, chargé de mission à la CNAF, enseignant à l’IEP de Paris a traité des « réactions institutionnelles et politiques aux émeutes ». L’intervenant à considéré que les émeutes de novembre 2005 remettent en cause les interventions publiques. A la question : s’agit-il d’un échec de la politique de la ville ? Le chargé de mission considère qu’il s’agit plus d’une remise en cause des politiques publiques de droit commun.

Parmi les articles, interviews de Thomas Sauvadet :

- Une interview de Thomas Sauvadet sur LCi.fr : « La moindre étincelle réactive les contentieux » (suite aux affrontements de la Gare du Nord de mars 2007)

- « L’élévation du niveau de vie est "la" grande cause » (article paru dans L’humanité le 27 mars 2007)

- Les jeunes « guerriers » des cités : http://www.scienceshumaines.com/

- « Les émeutiers : tous les mêmes ? » :

http://www.lemensuel.net/Les-emeutiers-tous-les-memes.html

Les organisateurs de le journée :
- le Cesames : http://www.cesames.org/spip/
- le Cerlis : http://www.cerlis.fr/

Gérard Marquié

[1] Centre de Recherche Psychotropes, Santé Mentale, Société

[2] Centre d’étude et de recherche sur les liens sociaux

[3] Le capital guerrier correspond à un mélange de capacités physiques, de dispositions psychologiques et de réseaux relationnels qui assure une aptitude au combat

[4] Paris, Armand Colin, coll.Sociétales, octobre 2006.

[5] extrait de "les émeutiers tous les mêmes ?"


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