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L’orientation partagée : articulation des services existants ou nouveau service ?

Mis en ligne le dimanche 23 décembre 2007.

Lors d’un regroupement national des conseillers d’orientation organisé à Tours en septembre 2007, Monique Ronzeau conseillère d’orientation est intervenue sur le thème : L’orientation partagée : articulation des services existants ou nouveau service d’orientation ?

Ressources jeunesse propose une retranscription de cette intervention.

Monique Ronzeau est notamment l’auteur de l’ouvrage : "L’orientation : un avenir pour chacun" :

http://ressourcesjeunesse.injep.fr/L-orientation-un-avenir-pour.html

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Monique Ronzeau

1. Introduction

S’orienter c’est trier, faire la part des choses, choisir. Renoncer à la totalité. Participer, prendre part au fonctionnement social.

La plupart des personnes sont partagées, hésitent entre différentes voies, cherchent des conseils dans des services différents (chacun représentant une partie de l’offre existante). L’insatisfaction guide ces va-et-vient ou le sentiment qu’il existe un autre expert qui ouvrira d’autres perspectives ou désignera le chemin jusque là ignoré.

Pensée plus ou moins magique, plus ou moins rationnelle qui oscille entre la toute puissance du contrôle et les velléités de laisser venir l’imprévu, ce qui n’appartient pas encore au champ de la conscience. Pensée qui transige et accepte son partage, son sort.

L’orientation est souvent décrite comme un processus qui se déroule toute la vie. Il y aurait de la continuité. En est–il vraiment ainsi ? L’orientation, à tout âge, est un moment d’incertitude, de doute, de résistance au changement, de transaction avec l’environnement puis de passage à une situation nouvelle.

De part en part, du sens se dégage.

Du côté des professionnels, chaque consultant est une personne à part entière, chaque entretien est un moment à part. Les conseillers eux-mêmes peuvent être partagés, écartelés entre leurs différentes missions ; entre leurs désirs d’accompagner au mieux chaque personne et la nécessité de répondre à des demandes toujours plus nombreuses.

Chaque conseiller pris dans l’intensité, l’urgence de la demande peut oublier que le consultant a déjà reçu des avis ailleurs ; qu’il partage avec d’autres la responsabilité d’éclairer l’avenir.

L’orientation est plus affaire de fragment, de part, de séparation ou, collectivement, de répartition, de sélection. Peut-elle être considérée comme une discipline ou un champ professionnel à part entière ?

L’orientation : une démarche discontinue

Elle est abordée , vécue par chaque personne différemment. Elle échappe en partie à tout contrôle institutionnel et même personnel.

Actuellement des services tentent de s’articuler, de mutualiser leurs compétences respectives. Les cités des métiers sont les exemples les plus récents d’un partenariat efficace.

Peut-on aller plus loin ? Faire autrement ? Un service public de l’orientation unique peut-il répondre aux demandes d’orientation à tout âge ? Sa création nécessiterait de revoir la formation des professionnels. Qui de l’Etat ou des collectivités territoriales s’engagera à assurer ce service ?

2. L’orientation partagée

 [1]

Les conseillers de l’information jeunesse, des cités des métiers, CIO, missions locales…font partie du réseau Accueil-Information-Orientation. Quelle part chaque professionnel prend-il et attribue-t-il à l’autre ? Comment le consultant fait-il la part des choses ?

A. La demande : des questions, des pressions multiformes. La part du sujet, la part du contexte.

Dans les structures de libre-service, de proximité, l’usager fait une démarche volontaire, anonyme au moment où il le souhaite, accompagnée ou non :

- simple recherche d’information.
- question d’orientation,
- demandes déjà faites ailleurs : dans la famille, le groupe de pairs, à l’école ou dans un autre service.

Les caractéristiques de ces demandes :

- lieux et moments différents et plus ou moins rapprochés.
- discontinuité des démarches d’information et du processus d’orientation. Tout au long de la vie.
- pluralité des motivations qui initient le désir de rencontrer un conseiller : souci de vérifier si les résultats concordent avec les vœux, sentiment d’urgence quand le calendrier scolaire impose une prise de décision, échec nécessitant de revoir ses ambitions, pression des parents inquiets du « je ne sais pas quoi faire », envie d’élargir son horizon…

Exemples extraits d’une journée d’été à la cité des métiers de la Villette à Paris [2] :

- Stage : confidences spontanées :

Des stagiaires guidés par un formateur : jeunes de moins de 26 ans, rémunérés, avec des vies déjà mouvementées, des parcours scolaires inaboutis. L’une après l’autre, plusieurs jeunes filles saisissent l’occasion de cette première visite à la cité des métiers pour confier leur histoire et rêves d’avenir.

- Choix d’études supérieures : nouvel avis.

Une jeune fille et sa mère. La lycéenne qui va entrer en terminale littéraire hésite, pour la suite, entre la filière artistique et le domaine commercial. Elle a rencontré peu de temps auparavant un conseiller du CIDJ. D’après lui, ces deux perspectives étaient inappropriées au bac préparé.

- Projet : soutien supplémentaire.

Un jeune homme et son coach. Le jeune homme, encouragé par son coach, veut échapper à sa précédente étiquette COTOREP. Son projet est destiné à une commission statuant sur la reconnaissance du handicap.

- Reprise d’études.

Jeune fille de 22 ans ayant souffert d’anorexie. Scolarité interrompue en 3ème.

- Changement professionnel.

Femme de 58 ans, cadre, recherche une formation d’auxiliaire de vie pour monter ensuite une structure en Guadeloupe, son département d’origine.

Chaque consultant (usager à la Cité des métiers) arrive plus ou moins en forme ; plus ou moins informé. Seul ou soutenu par un parent, une personne figurant une aide institutionnelle. Déjà la tête pleine d’avis, de conseils antérieurs :

- nouveau lieu, nouveau temps pour poser, reposer sa question. Nouvelle demande d’expertise.

- à chacun sa forme d’innocence, d’ignorance, d’incertitude. A chacun sa part de réalisme, de connaissance, de détermination.

- forme provisoirement déstabilisée par le questionnement. La part d’incertitude l’emporte tant qu’une forme stable ne referme le questionnement ou, au moins, le remette à distance.

Comment s’organisent, dans l’esprit des consultants, les avis reçus ça et là. Ajoutés aux infos glanées sur Internet ? Quelles formes mentales, quelle toile ? Comment bougent les représentations après ces collectes de conseils ?

Les parts d’ignorance et de connaissance sont modelées par les expériences passées : « Ce que je fus demeure à jamais mon partage » (Louis Aragon). Il s’agit d’un fragile équilibre personnel dans une architecture sociale mouvementée.

Quand la demande se formule, l’aveu de « je ne sais pas quoi faire », il s’agit, pour la personne d’être à la hauteur de l’environnement qui presse, de l’avenir qui s’ouvre et s’impatiente.

B. Accueil-Information-Conseil : des partenariats désarticulés

Pour le moment les partenaires sont juxtaposés plus que complémentaires. Le partenariat correspond à un mouvement général initié dans les entreprises. Se solidariser pour être plus fort face à l’adversité. Sommes-nous dans la même logique ?

Les dispositifs sociaux se créent quand apparaissent de nouveaux problèmes. Les CIO, le réseau Information Jeunesse puis les Missions locales, les cités des métiers...

Que partageons-nous ?

Comment le conseiller accueille-t-il les demandes ? Quelle importance accorde-t-il à ce qui s’est fait avant, aux démarches antérieures ?

Exemple :

Déscolarisé depuis un an (décrochage avant le bac STG), un jeune homme arrive à la cité des métiers à Paris quelques jours après la rentrée. Décidé à trouver une solution de reprise d’études, il est allé, la veille dans un autre lieu d’information et de conseil. Il a obtenu une liste d’adresses d’organismes préparant le bac pro.

Cette perspective me semble intéressante mais j’essaie d’aider le jeune homme à la remettre dans le contexte. Pourquoi ce décrochage, cette interruption ? Et il me raconte avoir été « la tête de turc » de sa classe, avoir prétexté des malaises quand ses parents l’interrogeaient. Il n’avait jamais parlé de son vécu. Personne ne s’y était vraiment intéressé ? Le temps était venu de dire ?

Quelle part chaque professionnel prend-il et attribue t-il à l’autre (collègue, partenaire, parent, ami, toute personne de l’entourage qui dit son mot) ? Quand un parent, coach, éducateur, copain est là, comment les faisons-nous participer ?

Quelle disposition à écouter ? Quel souci d’informer ? Quelle aide à construire, déconstruire ?

Dans ce travail de face à face qu’est l’entretien, il existe beaucoup d’absents, d’influences, de motivations sous-jacentes. Une articulation de ces moments d’orientation est nécessaire.

- Comment Internet aide et/ ou brouille les démarches ?
- Quelle part de la toile pouvons-nous prendre ?
- Quel avenir pour les réseaux publics d’information et d’orientation ?
- Comment rapprocher théoriciens et praticiens ?

Les conseillers d’orientation psychologues (COP) sont pris à partie quand l’orientation va mal (enseignement supérieur) : psychologues, fonctionnaires, liés à l’institution scolaire, plus âgés ? expérimentés ? mais de moins en moins nombreux.

Les autres conseillers plus nombreux, plus jeunes, plus proches des publics scolaires et étudiants ?

Tous ont une mission d’orientation. Qui redéfinira cette mission ? A qui sera confié le « grand service public d’orientation » : à l’Etat, aux régions ?

Quelle participation des entreprises, des « partenaires sociaux », des médias ?

La mobilité contemporaine devrait nous inciter à plus de rapprochements, de partages. L’avenir de l’orientation nécessite un assouplissement des représentations toujours à l’œuvre tant dans l’esprit du public que dans les pratiques professionnelles. Les conseillers doivent éviter de se laisser piéger par des demandes liées aux schémas anciens : diagnostic-pronostic.

La psychologie de l’orientation peine à émerger en tant que discipline à part entière. L’orientation à tout âge relève à la fois de la psychologie, de la sociologie, de la philosophie, de l’éthique.

Chaque professionnel peut-il être « spécialiste de tout » ?

Savoir qu’il existe toujours la part qui ne se partage pas. Apprendre à vivre avec la blessure narcissique du partage.

3. Constats et perspectives

Les COP, ont pu constater combien les questions d’orientation traversent les autres services. Les conseillers du réseau Information Jeunesse comme ceux des missions locales semblent en attente d’échanges, de réflexions sur les pratiques.

Dans le cadre de l’articulation information / orientation :

- que faire dans l’urgence ?
- comment résister aux pressions des pouvoirs publics quand il s’agit de faire entrer, au plus vite, des jeunes dans des dispositifs censés répondre aux besoins économiques ?
- quels partenariats avec les branches professionnelles, les entreprises locales.

Les COP gagneraient à entendre ces attentes de collaboration. Un partenariat fonctionne à Paris entre l’équipe du CIO Médiacom et le CIDJ. Les COP assurent des permanences et participent à différentes manifestations qui se tiennent au CIDJ.

Le CIO Médiacom intervient également à la Cité des métiers de la Villette sur le pôle « Choisir son orientation ».

Beaucoup de travailleurs sociaux sont confrontés à des questions d’orientation. La pratique de l’orientation dépasse largement le cadre de l’école. A tout âge, les personnes doivent pouvoir rencontrer librement, à proximité de chez elles, des conseillers.

Repenser l’organisation du service public est à l’ordre du jour. Faut-il renforcer les liens entre Eduction nationale et Jeunesse et sports, voire même l’ANPE ? Faut-il imaginer une structure interministérielle ? Décloisonner pour mieux s’allier ? Quelle autorité reconnaitra l’importance de l’orientation, sa diversité et la nécessité de la partager ?

Monique Ronzeau conseillère d’orientation psychologue

- Monique Ronzeau co-anime avec Gérard Marquié un formation intitulée "L’orientation et ses enjeux dans les parcours des jeunes" organisée du mardi 8 avril à 14h00 au vendredi 11 avril 2008 à 12h00 à l’Injep de Marly le Roi. Informations complémentaires sur ce stage

A lire aussi :

- Orientation et construction identitaire (une interview de Monique Ronzeau)

A consulter : Le site de l’association des conseiller d’orientation psyhologues de France

[1] PARTAGER : reconnaître son appartenance à un groupe ; avoir conscience de la part prise, attribuée à l’autre ; renoncer à tout avoir, être ; accepter son sort, son partage

[2] Monique Ronzeau a tenu des permanences à la Cité des métiers pendant de nombreuses année


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