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Paris (Maison des enseignants)

L’absentéisme ferait-il progresser l’école ?

Compte rendu d’une rencontre débat avec Patrice Huerre et Gilbert Longhi
Mis en ligne le lundi 5 juin 2006.

Un jeune professeur de Lettres en poste dans un lycée de Seine-Saint-Denis s’interroge et s’inquiète : "Dans notre lycée le taux d’absentéisme des élèves est de 40% (...). Vendredi nous allons travailler sur le projet d’établissement. Quelles pistes proposeriez-vous pour lutter contre ce phénomène qui s’aggrave ?"

Gilbert Longhi, [1] lui répond. "je vais vous décevoir mais je n’ai pas de recette à vous proposer (...). Vous n’êtes pas responsable des causes qui ont engendré cette situation (ndlr : urbanisation...), mais vous êtes dans le vrai, en travaillant en équipe, en vous concertant, en vous serrant les coudes, en cherchant des idées ..."

Cette question et cette réponse constituent une des illustrations d’une définition proposée par Gilbert Longhi : "l’absentéisme est la fécondation de notre pensée pédagogique".

La Maison des enseignants (MDE) organisait, mercredi 31 mai à Paris, une rencontre-débat à laquelle participaient : Gilbert Longhi et Patrice Huere [2]. Les deux intervenants répondaient aux questions de Geneviève Pouchin [3] et d’un public de professionnels de l’éducation [4].

Interrogé sur la diversité des raisons de l’absentéisme, Patrice Huerre considère qu’il est important d’analyser ce qui se cache et ce qui se joue. Il délimite deux groupes (qui peuvent s’entrecroiser) :

- Les élèves qui ne veulent pas : Dans ce premier groupe on retrouve ceux qui testent, ceux qui "veulent différemment" ou encore ceux qui sont présents physiquement mais absents intellectuellement.

- Les élèves qui ne peuvent pas : Dans ce deuxième groupe on retrouve les élèves qui ont subi une orientation, ceux qui ont un problème avec leurs corps et qui souffrent du regard des autres, ceux qui vivent des situations de violence, ceux pour qui cela se joue au niveau psychologique, ceux pour qui l’apprentissage comporte un aspect anxiogène, ceux qui rencontres des pathologies psychatriques...

Pour Patrice Huerre, l’absentéisme scolaire va du normal au pathologique. Le phénomène est souvent pressenti comme une question simple, alors que la réponse est souvent complexe.

Interrogé sur les outils à mettre en oeuvre pour lutter contre l’absentéisme, Gilbert Longhi fait référence à l’expérience menée au Lycée Jean lurçat à Paris, dont il est le proviseur jusqu’à juin 2006.

Dans cet établissement, plusieurs formules sont proposées - certaines sous forme de classe, d’autres sous forme de programme individualisé - qui vont de la 5e-4e jusqu’à la deuxième année d’université.

A chaque niveau correspond un type de réponse. Parmi les propositions : "La ville pour école" offre un va-et-vient "entre l’école et la cité" à une vingtaine d’élèves. Les matières servent à véhiculer le projet. Chacun suit des stages dans divers domaines du travail, de l’action associative, culturelle ou sportive puis analyse ces expériences lorsqu’il est au lycée, où il complète ses compétences en français, mathématiques ou anglais.

Le projet développé par Gilbert Longhi s’appuie sur quelques piliers parmi lesquels :
- l’individualisation de l’itinéraire,
- des débouchés consentis et le "droit au retour"
- une évaluation positive (s’appuyant par exemple sur des activités musicales ou sportives, une pratique associative, ou encore le travail des élèves qui ont un job en plus de leurs études...

Gérard Marquié

Pour en savoir plus, lire aussi l’interview de Gilbert Longhi sur le site "defenseur des enfants"

Prendre connaissance des fichiers du débat sur le site de la Maison des enseignants

[1] proviseur du lycée expérimental Jean Lurçat, dans le 13e arrondissement de Paris.

[2] Patrice Huerre est Psychiatre des hôpitaux et psychanalyste. Il dirige une clinique spécialisée pour lycéens et étudiants, la clinique médico-universitaire Georges Heuyer, à Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Ni anges, ni sauvages, les jeunes et la violence (Anne Carrière) en 2002, et a cosigné L’adolescence n’existe pas, réédité en 2003 aux éditions Odile Jacob. Il a récemment organisé à Paris un colloque intitulé « L’absentéisme scolaire : phénomène, transgression, symptôme... ? »

[3] professeur de mathématiques et animatrice des débats organisés par la Maison des enseignants à Paris

[4] Conseillers principaux d’éducation, enseignants, proviseurs de lycées, proviseurs vie scolaire, responsables d’associations...


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