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Un article de Chantal de Linares

Jeunes "en difficulté" : les malentendus de l’engagement

Mis en ligne le dimanche 5 mars 2006.

Cet article [1] de Chantal de Linares [2] est extrait de l’ouvrage "Quand les jeunes s’engagent : entre expérimentations et constructions identitaires" édité par "l’Harmattan" (collection Débats jeunesse" et dirigé par Valérie Becquet et Chantal de Linares.

Employer l’expression « jeunes en difficulté » pour désigner certains jeunes, c’est user d’un pléonasme ou bien d’une expression trop vague pour comprendre de qui il s’agit. Un pléonasme en effet, parce que bien souvent, plutôt qu’une tranche d’âge qui irait de 12 à 30 ans environ, le terme « jeunes » renvoie déjà dans l’usage à ceux que la société peine à intégrer, à ceux qui mettent en difficulté les institutions et les adultes.

Classerait-on un jeune cadre supérieur de 28 ans dans « les jeunes » ? L’usage de la catégorie « jeune » a peu à peu imposé des représentations plutôt négatives, autour des « cités », des « quartiers », de la délinquance, de la toxicomanie, de la « galère ». Autant dire que se décline un catalogue à la Prévert.

Quoi de commun entre des adolescents en échec scolaire et un jeune chômeur qui a fait une succession de stages sans pour autant décrocher un « vrai boulot » ? Quoi de commun sinon cette ou ces difficultés qu’ils rencontrent à réaliser des parcours qui les mèneraient, après une scolarité sans histoire et des études moyennes ou supérieures, à l’accès à un emploi, à s’installer dans un logement autonome ?

Car, il n’y a pas si longtemps, les indicateurs de l’entrée dans la vie adulte, de l’intégration sociale des jeunes, étaient bien ceux-ci : fin des études courtes ou longues, accès à l’emploi, mise en couple et décohabitation familiale.

L’échec scolaire n’était pas forcément un échec social, les jeunes de milieu populaire entraient au travail plus tôt que les jeunes de leur génération de milieu privilégié, mais se voyaient reconnus plus tôt comme adultes [3]. Leur vie pouvait être structurée et trouver son sens dans des engagements et des luttes collectives au sein des syndicats ou des associations.

Classiquement, la petite délinquance trouvait sa résolution dans la mise au travail et par l’entrée en couple.

Des jeunes aux avant-postes des transformations sociales

Lorsque la situation des jeunes a commencé à devenir vraiment préoccupante, on a pensé qu’après la « crise » les jeunes retourneraient au travail et que leur situation se stabiliserait à nouveau. C’était bien la vision de Bertrand Schwartz qui avait envisagé les missions locales comme expérimentales, implicitement transitoires, le temps que la « crise » se résorbe.

On a d’abord fait le constat d’un « allongement de la jeunesse [4] » et puis, peu à peu, celui d’un « décrochage » de la part de certains dont la jeunesse se prolongeait de plus en plus sous le signe de l’indétermination, d’une station trop longue dans la file d’attente du chômage.

Mais au fil du temps, après deux décennies, on a cru de moins en moins en la fin de la « crise », dont on a compris qu’elle était structurelle. On a peu à peu pris conscience aussi que la gestion de cette crise reposait sur une organisation de la société telle que les plus jeunes, les plus fragiles, les moins dotés en ressources notamment scolaires paraissaient emblématiques d’une situation décrite par un travail, mené au milieu des années quatre-vingt, Le sort tomba sur le plus jeune [5] La courte paille ne désigne-t-elle pas en effet le condamné sacrifié pour que ses aînés survivent ? Ainsi en est-il dans la chanson. Ainsi en serait-il également des plus jeunes, destinés à payer au prix fort les transformations économiques et sociétales qui bouleversent le monde actuel.

Nous prenons de plus en plus conscience, en effet, que nous avons affaire à des transformations profondes de nos modes d’organisation économiques, financiers, qui touchent au socle même de ce qui a fait le pacte social des Trente Glorieuses : l’organisation du travail et la protection sociale qui y est attachée.

Mais ce qui commence aussi à apparaître comme un choix de société « à vrai dire, sans doute sans intention », aurait dit Kant évoqué par Louis Chauvel [6], c’est bien que ce sont les jeunes qui, de fait, sont aux avantpostes pour expérimenter les caractéristiques nouvelles de l’organisation sociale : flexibilité, précarisation des emplois, insécurité devant l’avenir, fragilisation du système de protection sociale, diversification des parcours.

Même si nous sommes dans une société où chacun est individuellement incité à « réussir » sa vie, assumer son autonomie, ses choix personnels [7], même si trop souvent nous avons tendance collectivement à renvoyer aux « jeunes en difficulté » la responsabilité de leur échec, il faut nous rendre compte qu’il s’agit bien d’une société qui a fait porter aux générations nouvelles les effets de ces transformations [8] et particulièrement aux plus exposés au sein de ces générations.

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Jeunes en "difficulté"...
...les malentendus de l’engagement, par Chantal de Linares

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Quand les jeunes s’engagent...
Table des matières

[1] Ce texte rend compte du travail réalisé dans un atelier de l’université d’été ("Comprendre, accompagner et favoriser l’engagement des jeunes", organisée en 2003 par l’Injep) animé par Chantal de Linares. Il prend appui sur des apports d’auteurs ou des témoignages qui s’inscrivent dans la problématique de l’atelier et rejoignent les contributions de ses membres. Il réunissait les intervenants suivants  : Patrick Berthelot, formateur, académie de Créteil, Mustapha Dassi, Association pour le développement des initiatives citoyennes et européennes (ADICE), Roubaix, Sylvane Fanjul, formateur, académie de Créteil, et Stéphane Méterfi, président de l’association Débarquement jeunes, Rouen. Précisons que Bernard Deljarrie de la fondation Dexia devait intervenir, excusé, il avait fait parvenir des documents.

[2] Chargé d’études et de recherche, INJEP

[3] Commissariat général du Plan, Jeunesse, le devoir d’avenir, la Documentation française 2001

[4] GALLAND O., CAVALLI O., L’allongement de la jeunesse, Actes Sud, Arles, 1993

[5] GUÉRIN C., Le sort tomba sur le plus jeune, thèse de 3e cycle en sociologie, sous la direction de Louis-Vincent Thomas, université Paris V, René-Descartes, 1987..

[6] CHAUVEL L., « La rupture du pacte générationnel », POUR, n° 177, mars 2003.

[7] ERHENBERG A., La fatigue d’être soi, Odile Jacob, Paris, 1999.

[8] Voir le rapport du Commissariat général du Plan, Jeunesse, le devoir d’avenir, op. cit. et CHAUVEL L., Le destin des générations. Structure sociale et cohortes en France au XXe siècle, coll. « Le lien social », Presses universitaires de France, Paris, 2002.


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