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Internet contribue-t-il à l’autonomie des jeunes ?

Mis en ligne le dimanche 11 octobre 2009.

Compte rendu d’une table ronde organisée à Paris lors du colloque national organisé pour le 40e anniversaire du CIDJ sur le thème : "Autonomie des jeunes : quelle information ? quel accompagnement ?"

Participaient à cette table ronde :

- Maira Guiseppina BRUNA, membre du conseil parisien de la Jeunesse
- Bruno DENOYELLE, Conseiller auprès du Délégué interministériel à la communication (SIG)
- Alain JOANNES, journaliste
- Gilles PRADEAU, membre du conseil parisien de la Jeunesse
- Michael STORA, psychiatre

Table ronde : Internet contribue-t-il à l’autonomie des jeunes ?

Gilles Pradeau, membre du conseil parisien de la Jeunesse, considère qu’internet est un véritable laboratoire et qu’il permet d’ouvrir les frontières, d’échapper à son milieu social. On peut y faire des rencontres qu’on ne ferait pas ailleurs et d’autre part, parler de ses expériences et ça permet de faire des choses qu’on ne pouvait pas faire avant.

Certains blogues politiques sont d’une grande qualité, par rapport à ce qu’on voit à la télé, même s’il est vrai qu’ils sont faits plutôt par des personnes très diplômées… C’est vrai qu’il y a un problème de capacité technique d’organiser les commentaires. Le sens critique, c’est très important, ça ne date pas d’Internet et j’ai toujours été très déçu de l’absence totale d’éducation à l’image dans l’Éducation nationale.

Maira Guiseppina Bruna, membre du conseil parisien de la Jeunesse : La simultanéité, Internet permet une multiplication de l’information et donc un raccourcissement du temps et encore plus de l’espace, mais pour en faire un usage judicieux il faut du sens critique, du temps et également une formation.

Donc il faut former les formateurs et former les jeunes qui selon le capital social, le niveau d’éducation et la formation qu’on a eu, utilisent internet d’une manière différente et également les information auxquelles on a accès, de manière plus ou moins efficace.

Et il ne faut pas oublier le coût du traitement de l’information qui est énorme. Enfin, les jeunes les moins favorisés, qui ont moins facilement accès à l’information, qui ont moins été à l’école, se laissent séduire par des thèses qui sont dangereuses.

Michael Stora, psychiatre, note qu’Internet apporte une autre manière d’envisager la vérité. Il insiste sur le fait que l’image est devenue source d’information à part entière : je crois ce que je vois. Aujourd’hui, après la génération du copier-coller », le jeune a plus l’intelligence du lien entre différentes sortes d’information. Mais il est vrai que une source comme wikipédia, bien que géniale, pose des questions sur la véracité ou pas des informations.

Alain Joannes, journaliste, est d’accord que la formation au discernement et au sens critique doit être menée de manière urgente et de manière drastique auprès des formateurs quels qu’ils soient, les enseignants, les instituteurs, le milieu associatif, il faut penser à un contenu qui porte sur le discernement. Et ça commence par utiliser la profusion d’Internet pour, sur une rumeur, une information, comparer toutes les sources, de manière à faire un choix sur qui dit vrai et qui dit faux. Sur les images, c’est le temps réel, c’est faux et stupide de dire que ça a commencé avec Internet parce que en France ça a commencé en 1987 avec France Info.

Bruno Denoyelle interrogé sur la politique des pouvoirs publics sur le web par rapport aux jeunes rappelle que le rapport entre le gouvernement et Internet n’est pas simple et qu’il est souvent perçu par les jeunes comme coercitif (cf loi Hadopi).

Il présente ensuite les différentes campagnes de communication : le spot télé « Où est Arthur ? » sur les dangers du net, et des campagnes sur le net à destination des jeunes : sécurité routière, santé (tasanté.com, en partenariat avec Skyrock), une communication en web 2.0 (par exemple « onsexprime.fr » avec l’Inpes sur un mode « trash et sans tabou », sur la toxicomanie (des spots viraux sur Dailymotion), une campagne sur la Défense nationale « Secretstory », avec la plateforme web de Skyrock… des partenariats avec la Commission européenne (« les euronautes » présente sur un mode ludique les bons plans et moins bons plans des mobilités en Europe).

Les adresses .gouv.fr sont évitées, sachant que les jeunes n’iront pas, d’où ces partenariats. Le gouvernement a dépensé 3,6 millions d’euros en achat d’espaces sur des sites fréquentés par les jeunes, ce qui représente plus de 40% des achats d’espace sur des sites web par le gouvernement. Il existe un projet de portail web 2.0 pour l’expression sur le Livre Vert, et un projet de plateforme pour les 8-14 ans avec des jeux ludo-pédagogiques et une possibilité d’exprimer leurs demandes…

Les participants insistent sur le rôle du réseau IJ comme relais et la nécessité impérieuse que les modalités de ces campagnes soient travaillées en amont avec le réseau. Bruno Denoyelle reconnaît la nécessité de relais entre le ministère de tutelle de l’IJ et la communication gouvernementale et se dit prêt à rencontrer le réseau IJ et les CRIJ.

Un débat s’instaure sur l’importance des dérives des pratiques sur Skyrock et les plateformes fréquentées par les jeunes (« tournantes virtuelles »…). Les intervenants et participants divergents sur quelle proportion des jeunes est concernée ; selon certains, elles sont le fait d’une minorité. Il est vrai que le coût de la fonction de la modération sur ces sites est très élevé et que certains n’y ont que peu recours ou se contentent de formes de modération entre pairs.

Gilles Pradeau souligne que le gouvernement se préoccupe beaucoup de sécurité et de prévention sur Internet mais que, selon lui, rien n’est fait sur la protection des données. Il y aurait un travail à faire, notamment sur Facebook.

Selon Michaël Stora, les représentations du féminin et du masculin bougent sur Internet, les garçons devenant plus « fleur bleue » et les filles s’affranchissant de culpabilités.

Dans la synthèse de la table ronde, Olivier Galland rappelle qu’il ne faut ni diaboliser ni idéaliser Internet. Il annonce la parution en 2010 d’un numéro spécial de la revue Ethnologie Française sur l’adolescence qui apportera des analyses sur ces questions. Ces analyses montrent qu’avec les nouveaux moyens de communication, se construisent de nouvelles autonomies relationnelles des adolescents, de nouvelles formes d’apprentissage. Internet permet de faire tomber certains codes sociaux, par exemple, les jeunes très timides peuvent entrer en relation, même si le virtuel ne remplace pas le réel. Les études montrent que les mêmes jeunes qui sont très actifs sur Internet le sont aussi ailleurs.

O. Galland exprime une inquiétude par rapport à Internet comme outil d’information, car les questions de fiabilité, de rumeur, sont très difficile à contrôler et l’école doit absolument jouer un rôle.

Enfin, O. Galland suggère d’élargir le débat à la sociabilité des adolescents, qui n’est pas un monde enchanté, qui est une culture de l’apparence, car c’est le moment de construction du capital relationnel et c’est un univers très normatif. Une enquête sur le vécu de la discrimination par les adolescents a montré que la première stigmatisation était celle du corps et de l’apparence physique. O. Galland confirme qu’il y a aujourd’hui des tensions plus fortes entre garçons et filles.

Compte rendu par Cécile Delesalle

A lire aussi :

- Le programme de la journée :

PDF - 542.2 ko
Colloque national "Autonomie des jeunes : quelle information ? quel accompagnement ?" 8 octobre 2009 à Paris

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