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Ecole et famille : institutions rivales ou complémentaires ?

Mis en ligne le lundi 21 janvier 2008.

Dans le cadre d’une formation des équipes de réussite éducative d’Ile de France, la Préfecture de la Région d’Ile-de-France avec le soutien de la DIV a organisé une matinée sur le thème : Parents-parentalité et institutions le Jeudi 17 Janvier 2008, à Paris (lycée Voltaire).

A cette occasion, Pierre Périer [1]sociologue de l’éducation, Université de Rennes 2 est notamment intervenu sur le thème : "Quel différend entre les familles populaires et l’école ?".

Pierre Périer s’appuie sur une cinquantaine d’entretiens réalisés auprès de parents de milieux populaires et issus de l’immigration. Il s’attache à montrer que les relations avec l’école ne se déroule pas nécessairement selon des règles, modalités et intérêts partagés.

Lors ce cette matinée, Florence Ovaere [2], sociologue-consultante politique publique est également intervenue sur le thème "L’action sociale et la fonction parentale : héritage et renouveau".

Compte rendu de l’intervention de Pierre Périer

par Gérard Marquié

Pierre Périer rappelle le sens qu’il donne à "famille populaire". Il choisit de parler de famille plutôt que de parents « pour privilégier le point de vue des familles et le mettre en tension avec celui de l’école qui privilégie les parents » (...) « Les circulaires, les projets d’établissements, et nombre d’initiatives pour "rapprocher les familles de l’école" s’adressent en réalité aux parents.

Ainsi, parler de famille, c’est se situer hors de l’école ; parler de parents, c’est se situer du côté de l’institution scolaire. »

Les familles populaires constituent aujourd’hui un groupe beaucoup moins unifié. Si autrefois, la classe populaire était la représentation sociale du monde ouvrier, il existe aujourd’hui une pluralité de familles populaires.

Il y a pour Pierre Périer « une recomposition du groupe social qui s’y rattache et un réagencement de son identité ».

Concernant le monde ouvrier, la désintustrialisation engendre une disqualification sociale et professionnelle et une désidentification à ce modèle. Ceci étant renforcé par une "invisibilisation" politique et médiatique.

Pierre Périer parle d’une individualisation et d’une diversification (le nombre des employés, qui est le versant féminin de l’emploi des classes populaires, représente désormais 29 % des personnes en activité professionnelle, dont notamment 88 % de femmes, personnels de service aux particuliers).

Pourtant, « Ce groupe est celui (avec les agriculteurs) qui s’auto-reproduit le plus : la probabilité, pour un enfant d’ouvrier, de devenir lui-même ouvrier est de l’ordre de 60 %.

L’évolution des rapports familles/école

En l’espace d’un siècle d’école républicaine, le rapport des familles à l’école s’est profondément transformé.

L’intervenant distingue trois périodes quant à l’évolution des relations école/famille. Jusqu’aux années 50, les familles sont mises à distance, « l’ordre scolaire accordé à un ordre social inégalitaire, maintenait les familles éloignées de l’école ». De 1950 à 1980 : les relations école/famille se développent sous des formes collectives par l’intermédiaire des associations de parents d’élèves.

Depuis 1980, les rapports se sont plus individualisées : « parents/écoles ». La notion de partenaires est initiée par l’Education nationale mais se pose la question de la représentativité des associations de parents d’élèves et des stratégies individuelles des familles.

On peut s’interroger : "en quoi les relations écoles familles sont elles bénéfiques ?". Certains parents "colonisent" l’école (les cadres supérieurs ...) ; d’autres (les familles populaires) sont mises à distance. ».

Aujourd’hui, compte tenu de la massification scolaire du secondaire, la reproduction de la société est passée d’un mode économique à un mode à dominante scolaire.

Ce phénomène a accentué les rapports d’interdépendance entre les familles et l’école. Autrefois, les conséquences de la scolarisation (ou de ses insuffisances) n’étaient pas aussi décisives qu’aujourd’hui sur l’accès à l’emploi et l’insertion. »

Les conséquences d’un défaut de scolarisation deviennent dans ces conditions beaucoup plus graves. Elles sont à la fois professionnelles et sociales. L’universitaire évoque aussi les « vaincus scolaires » (Dubet-2004) et la question de l’estime de soi.

Ouvrir l’école aux parents ?

La massification et l’hétérogénéité du public ont incité l’institution scolaire à instituer un nouveau mode de relations avec les familles, le partenariat. Depuis la loi d’orientation de 1989, on voit fleurir un ensemble d’expressions quasi-slogans : « ouvrir l’école aux parents », « faciliter la communication », « le droit à l’information », « faire que les parents s’investissent et participent », etc., le tout encadré par des textes et circulaires qui invitent les parents à se rapprocher de l’école, à investir, à participer.

Pour Pierre Périer , ce terme est sans doute ambitieux car il s’agit dans bien des cas au mieux, de coopération ; un véritable partenariat impliquerait une définition commune des objectifs et des moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.

Le partenariat représente le mode de coopération que l’institution scolaire a inventé pour tenter de réguler la division du travail éducatif et la répartition des rôles entre les différents acteurs mobilisés.

Ce partenariat avec les familles semble, a priori, tout à fait positif. Qui pourrait être contre ? Mais, si l’on regarde les conditions nécessaires, on s’interroge : tous les parents sont-ils à égalité face à cette offre de partenariat ?

Pierre Périer analyse le « différend » entre les familles populaires et l’école selon trois logiques.

Une certaine logique de confiance se concrétise par une non sollicitation des enseignants (ce qui est normal c’est de ne pas intervenir) qui peut être traduite par certains comme un silence coupable. Ces parents se sentent impuissants face aux enjeux scolaires. Ils estiment ne pas maîtriser les règles de l’échange avec l’institution. Ils ont donc peur d’entrer dans un conflit de légitimité sur les questions éducatives avec des professionnels.

Cette confiance peut virer à la défiance. Lorsque l’école se manifeste pour décider d’une orientation par défaut ou d’un risque de redoublement, il est souvent trop tard. Les parents se sentent alors pris au piège et trahis par une institution dans laquelle ils avaient mis leur confiance, par des enseignants qu’ils jugeaient seuls compétents.

Une logique critique : Les critiques des familles sont tues dans l’institution scolaire mais sont facilement verbalisées à l’extérieur de l’école. Elles concernent :

- l’élitisme de la culture scolaire portée par les enseignants (savoirs jugés peu pertinents au regard des métiers visés), la surcharge de devoirs est vécue comme une façon de mettre les enfants en difficultés puisque les parents ne pourront les aider (parents disqualifiés).
- Les parents reprochent aussi aux enseignants leur manque d’autorité (autorité imposée pour les familles populaires, autorité négociée pour les classes moyennes).
- Le troisième type de critique concerne le traitement discriminatoire qui peut être de nature sociale ou ethnique.

Une logique de défense identitaire qui consiste à tenir l’école à distance. Les parents se protègent et on ne les voit jamais à l’école. « Les jugements et les classements de l’école ne concernent pas seulement les élèves. Ils atteignent l’identité des personnes et indirectement mettent en cause les qualités éducatives des parents. »

Pierre Périer pointe ici le paradoxe d’un partenariat qui éloigne encore plus les parents qu’il serait nécessaire de voir davantage. Cette situation renforce les inégalités de réussite entre élèves par des inégalités de reconnaissance des parents par l’école.

Ressources jeunesse

A lire, à consulter ...

- "L’action sociale et la fonction parentale : héritage et renouveau" - n°13 des Cahiers de l’action, par Florence Ovaere

- Le CRDP de Rennes a réalisé un cédérom qui propose des témoignages de militants d’ATD Quart Monde et d’enseignants ainsi que des repères sur la pauvreté en France. Destiné aux personnels de l’éducation, cet outil aide à lutter contre l’exclusion. Le cédérom comporte : le film "C’est même pas le même regard", 5 témoignages qui serviront de base à un travail d’analyse des noeuds d’incompréhension entre l’école et les familles, 10 fiches repères et 6 récits de situations vécues, accompagnées d’une fiche guide d’animation.

- Sur le site Eduscol : un dossier "Grande pauvreté et réussite scolaire"

http://eduscol.education.fr/D0115/accueil.htm

- sur le site : www.ac-nancy-metz.fr/

[1] auteur du livre "Ecole et familles populaires - sociologie d’un différent", PUF 2005

[2] auteur de l’ouvrage : "L’action sociale et la fonction parentale : héritage et renouveau" - n°13 des Cahiers de l’action.


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