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Paris : un colloque franco-italien sur la jeunesse

Deux pays, deux jeunesses ?

Mis en ligne le jeudi 25 mai 2006.

Alessandro Cavalli (Université de Pavie), Vincenzo Cicchelli (CERLIS, Université Paris 5), Olivier Galland (GEMAS, CNRS)étaient à l’initiative de ce colloque organisé à Paris à l’université Paris V.

Le colloque se voulait résolument comparatif. La comparaison entre la France et l’Italie paraissant stimulante « dans la mesure où les deux sociétés sont à la fois singulièrement proches et différentes.

Elles partagent des traits culturels dus à un héritage historique alimenté par d’intenses échanges culturels, une importante circulation d’hommes, de savoirs et de savoir-faire. Une conception commune de la citoyenneté, du droit et de l’Etat-Nation est aujourd’hui relayée et amplifiée par la forte contribution respective à la construction de l’Union Européenne.

Cependant, en dépit de ces ressemblances et de l’adhésion proclamée à une destinée politique et monétaire communautaire, elles n’en demeurent pas moins différentes quant aux rapports qu’entretiennent l’Etat et la société civile, la sphère publique et la sphère privée, les initiatives publiques et le marché. Leurs différentes vocations à se proposer comme lieux d’hospitalités et comme modèles universalistes transparaissent en outre dans leurs stratégies en politique étrangère. »

Comparer et contextualiser

En introduction de ce colloque, Monique Hirschhorn [1]précise qu’il est nécessaire de former les étudiants à la comparaison. "Il faut avoir recours à la comparaison systématque". Il s’avère aussi nécessaire de contextualiser les informations recueillies.

Selon Alessandro Cavalli (Université de Pavie), co-organisateur du colloque : "pour aller en profondeur, il faut faire de la comparaison à deux" (...) "On comprend des choses de son pays quand on a compris avec les autres".

Parmi les thèmes abordés : quelques idées forces ...

Comment devient on indépendant ? (3 séquences étaient proposées pour apporter des élémens de réponses à cette question : comment quitter ses parents ? comment gagner sa vie ? comment vivre en couple ?)

Pour Cécile Van de Velde [2] Il existe une dissociation entre une aspiration précoce à l’indépendance contrainte par un contrat économique. Il y a donc une sécificité française : dépendance familiale / autonomie précoce.

La famille, centre de gravité en Italie

En Italie où la famille constitue un centre de gravité, le jeune quitte sa famille beaucoup plus tard que dans les autres pays européens (âge médian 27 ans en Italie et 23 ans en France). Olivier Galland évoque notamment une cohabitation harmonieuse permettant aux jeunes italiens de "vivre en liberé dans la famille". D’autres éléments tels que les difficultés d’accès au marché du travail appararaissent également.

En France les jeunes s’émancipent à côté de la famille. Les dispositifs publics sont le reflets des aspects culturels. La culture de l’autonomie est ainsi accompagnée par la politique d’aide au logement. Il ne semble pas qu’il y ait une telle demande sociale en Italie.

Rapport à l’espace public et engagements ?(De nouvelles formes d’engagement ?,délinquance et nouvelles formes d’incivilité, Dépolitisation ou repolitisation ?)

Bernard Roudet [3], se propose de répondre à la question : de nouvelles formes d’engagement ? dans le cadre d’une comparaison entre l’Italie et la France. Il s’appuie pour cela sur deux enquêtes conduites simultanément en Italie et en France.

Les données de l’enquête sur les valeurs des Européens et de l’enquête “ EUYOUPART ”, réalisées respectivement en 1999 et 2004, concernent pour la première les jeunes âgés de 18 à 29 ans, et pour la seconde les 15-25 ans.

L’enquête sur les valeurs des Européens révèle que l’appartenance associative des jeunes Italiens est supérieure à celle des jeunes Français : 44 % des Italiens de 18 à 29 ans appartiennent à au moins une association contre 37 % des Français du même âge.

l’Italie, le plus nordique des pays d’Europe du Sud ?

L’Italie a le plus fort taux d’appartenance associative dans les pays d’Europe du Sud, qui se rapproche du taux d’appartenance moyen des pays d’Europe occidentale (46 %), sans qu’il n’y ait de réelle différence entre les taux des jeunes et des adultes.

Bernard Roudet s’interroge : En matière d’engagement, l’Italie serait-elle le plus nordique des pays d’Europe du Sud ?.

Néanmoins l’intervenant considère plus généralement que "pour interpréter les différence entre les deux pays, il faudrait aussi se référer aux systèmes politico-administratifs de chacun et au poids respectifs des partis politiques, des mouvements de jeunesse et d’Éducation populaire."

A la question "Dépolitisation ou repolitisation ?" Anne Muxel [4] considère, pour la France, qu’il n’y a pas de dépolitisation et peut-être une repolitisation.

La sociologue, qui s’intéresse à la participation politique des jeunes, perçoit chez les jeunes une tension entre héritage et expérimentation au sein de laquelle se construit le rapport à la politique et se définissent les identités politiques.

"L’héritage privilégie la logique de l’identification et porte la trace des références et des repères jusqu’alors en usage, mais aussi la reconnaissance d’une filiation politique et donc d’une continuité intergénérationnelle.

L’expérimentation marque l’existence de ruptures, de zones non balisées, dans lesquelles les savoirs comme les pratiques politiques se découvrent plus qu’ils ne s’héritent, et privilégie la reconnaissance de l’autonomie de l’individu ainsi que la singularité de l’expérience propre à chaque génération.

C’est au travers de cette interaction que se forment les apprentissages à partir desquels pourront être articulés des opinions, des choix électoraux ou partisans. S’y ajoute le rôle propre de la conjoncture politique et historique dans laquelle s’inscrit la socialisation politique de chaque nouvelle génération."

Des jeunes, politisés autrement

En conclusion de son intervention, Anne Muxel retient que "les jeunes ne sont pas dépolitisés mais bien politisés autrement. Profondément attachés à la démocratie, ils ne veulent plus privilégier tel ou tel modèle, mais ils cherchent à les recomposer, à ne retenir en chacun que ce qui leur permet d’être tantôt plus efficaces d’un point de vue pragmatique, tantôt plus vertueux d’un point de vue moral.

Voulant réconcilier plusieurs conceptions de l’intervention politique, ils ne croient plus en la possibilité d’une transformation radicale de la société. Ils ne se posent plus la question de la révolution en tant que tactique politique. En cela ils ont hérité du désenchantement de leurs parents mais aussi de la faillite des utopies mises à mal par l’expérience historique.

Toutefois l’importance actuelle des fractures sociales et culturelles au sein de la jeunesse française entraîne des fractures politiques visibles et à même d’entraîner de fortes divergences dans ses choix politiques comme dans ses formes de participation.

En Italie, Loredana Sciolla, de l’Université de Turin note chez les jeunes un rapprochement partiel de la politique mais un manque de confiance envers les institutions. Si l’on relève une certaine confiance à l’égard des adultes, les institutions sont considérées comme des organismes abstraits.

Les actes de ce colloque devrait être publiés au sein d’un ouvrage. S’informer sur le site du Cerlis

Lire un autre article sur le colloque franco-italien sur la jeunesse sur le site de l’Injep.

[1] Professeur de sociologie à l’Université de Paris V - La Sorbonne et vice-présidente de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF).

[2] Laboratoire de sociologie quantitative, Crest-Insee

[3] chargé d’études et de recherche à l’Injep

[4] CEVIPOF (Sciences-po)


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