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Accompagnement éducatif : inventer de nouvelles pratiques au sein de l’école

Compte rendu d’une intervention de Philippe Meirieu au salon de l’éducation 2007
Mis en ligne le vendredi 30 novembre 2007.

Lors d’une journée organisée au salon de l’éducation sur le thème : « Accompagnement éducatif, accompagnement à la scolarité : quels enjeux dans et après l’école » [1] , le samedi 24 novembre 2007, à Paris Porte de Versailles, Philippe Meirieu [2] est intervenu en introduction.

Compte rendu ...

Philippe Meirieu a tout d’abord rappelé quelques éléments de contexte significatifs concernant le rôle des parents : Pourquoi aujourd’hui il est difficile d’être parent ?

Le poids de l’emprise du marché

On demande aux parents de lutter contre les emprises du marché alors que celui-ci est de plus en plus en plus puissant.

Philippe Meirieu prend ainsi l’exemple de la télévision que regardent les enfants le matin. Un enfant sur trois est concerné, ce entre 20 mn ou 1h30. Dans ce dernier cas il s’agit d’enfants qui se lèvent avant leurs parents ! « Et pourquoi pensez vous que l’on ait supprimé le générique de fin ? » Réponse : pour éviter le zapping et donner ainsi plus d’efficacité à la publicité. 43% des enfants sont en effet prescripteurs des produits que leurs parents achètent en supermarché. Et personne ne s’intéresse à ces questions là. La Belgique a par exemple décidé d’interdire la publicité un quart d’heure avant et après les émissions pour enfants à la TV. En France il semble que l’on ait fait le choix de favoriser ce que certains appellent la pulsion d’achat.

La société devient du coup extrêmement paradoxale. Tout est fait pour que l’on ne résiste pas aux tentations de la société de consommation. Comment être parent dans ces conditions ?

La pression sociale en matière de résultats scolaires

Philippe Meirieu estime que, dans notre société, il y a une pression sociale croissante en matière de résultats scolaires. Les parents sont anxieux quant à la réussite scolaire de leurs enfants. On leur reproche par moment d’être trop présents dans le suivi scolaire et s’ils ne le sont pas on leur reproche de s’en désintéresser. Trouver le juste milieu n’est pas toujours simple.

Les mutations de la famille

Il est aussi nécessaire de prendre en compte les changements de la famille qui constituent une réalité sociale : familles éclatées, familles monoparentales. Ces changements rendent plus problématique l’exercice de la parentalité.

L’école et sa démocratisation : un décalage entre l’accès et la réussite

Pour Philippe Meirieu, la démocratisation de l’école constitue un leurre. S’il y a bien démocratisation dans l’accès aux études. C’est loin d’être le cas dans le domaine de la réussite scolaire. On fait croire aux parents que tout est fait alors que tout reste à faire. L’accès à l’école a été démocratisé mais pas la réussite . Ceci est principalement vrai pour les enfants des familles modestes.

La question aujourd’hui n’est pas de revenir sur la démocratisation de l’accès à l’école mais de considérer qu’il reste un chemin à parcourir pour démocratiser la réussite dans l’école en inventant des pratiques capables de démocratiser cette réussite.

C’est autour de cela que se posent pour l’essentiel le soutien, l’accompagnement, l’aide au travail des élèves.

Le danger aujourd’hui serait de continuer à vivre dans une pédagogie à peu près stabilisée en considérant que la démocratisation est finie et de fait que l’échec ne peut être traitable que par des systèmes périphériques. L’hypothèse posée par Philippe Meirieu est que la démocratisation de l’école n’est pas finie

L’école en quête de son rôle

Pour Philippe Meirieu, le paradigme de l’organisation scolaire a peu changé. « En France, à l’école, ça change tout le temps, mais dans la classe c’est toujours pareil » estime t-il. L’école change tout le temps au sens où l’on ne cesse de baptiser de repabaptiser de débaptiser … on est dans un système devenu presque illisible. C’est notamment ne cas de l’enseignement professionnel.

Qu’est-ce qui fait question aujourd’hui du point de vue des familles et des élèves ?

La question du sens de l’école tout d’abord. Il n’est pas évident de savoir à quoi ça sert d’aller à l’école. Qu’est-ce qu’on fait à l’école ? Il est nécessaire de savoir que l’école est un lieu de découverte de l’altérité. Que cette dernière nous enrichit et qu’elle nous permet de forger notre identité. Il conviendrait de reposer ces questions et de les préciser de manière plus forte.

La question du rapport au savoir. Pour beaucoup d’enfants, le rapport au savoir exigé par l’école n’est pas construit parce que la famille n’a pas pu accompagner cette construction.

Le rapport au savoir à l’école nécessite une prise de distance avec l’utilisation concrète immédiate. Certains enfants ne perçoivent pas cette particularité du rapport au savoir. Ils ont du mal à entrer dans les demandes spécifiques que peuvent leur faire les enseignants.

La question du rapport à la vérité. L’école n’est pas le lieu ou l’on distribue la vérité. C’est un lieu ou la cherche, ce qui n’est pas du tout la même chose. Ce que transmet l’enseignant c’est la précision, l’exactitude… le fait que la vérité ne tombe pas du ciel. L’enfant doit progressivement être capable d’intégrer la quête de la précision, de la justesse de la rigueur et de la vérité.

Le couple enseignement-études

Il semble à Philippe Meirieu qu’il soit nécessaire de réfléchir au paradigme organisateur de l’institution scolaire. Est-ce que l’école reste un lieu ou l’on distribue de l’information tout en donnant du travail à la maison ? est-ce qu’on travaille à l’école ou pas ? est-ce que le lieu du travail c’est l’école ? ou est-ce que c’est le lieu de transmissions de consignes qui renvoie le fait travail en dehors du temps scolaire ? « je voudrais que l’on travaille enfin à l’école ».

Les pistes proposées par Philippe Meirieu en matière d’accompagnement éducatif.

1/ mettre en place une aide à la parentalité.

La France est en retard sur ce plan là. Cela doit permettre aux parents de mieux comprendre les enjeux de ce qu’ils vivent. Il s’agit d’éléments de réflexion non psychologisants, non culpabilisants qui prennent au sérieux les familles dans leurs problèmes réels. Il faut des outils concrets et réalistes pour surmonter les problèmes rencontrés.

Si un jeune rencontre des problèmes d’addiction avec les jeux vidéos par exemple est-ce parce que ses parents ne sont pas assez fermes avec lui ? Il faut réfléchir à ce que l’on peut mettre en place à côté de l’école sur l’aide à la parentalité.

Philippe Meirieu cite l’expérience menée au sein de la télévision sur internet Cap canal qui va voir les parents et essaye de recueillir les questions qu’ils se posent. Cette télévision donne des pistes de réflexion, stimule les échanges et donne les moyens de comprendre les enjeux de ce que les parents sont en train de vivre.

2/ aider à la mise en place de configurations familiales nouvelles

Il faut prendre acte du fait qu’un certain nombre de personnes ne sont plus présentes. Il y a deux ou trois personnages qui sont importants pour la croissance de l’enfant qui ne sont plus toujours présents : l’oncle (le père sans le pire selon Lacan). C’est quelqu’un à qui on peut parler et qui n’a pas l’autorité du père ou du prof. Les grands parents aussi… il faut aider les enfants à rencontrer des personnes qui apportent un type de relations originales que les parents eux-mêmes ne peuvent apporter.

Philippe Meirieu évoque le rôle de l’Afev [3] qui mobilise des étudiants pour l’accompagnement scolaire. L’association apporte aux élèves bien plus qu’une aide au travail scolaire et les étudiants jouent un rôle de passeurs.

Ces étudiants ne sont pas encore complètement des adultes et ne sont pas dans un rôle d’autorité. Il joue ce rôle qui est un peu celui de l’oncle. Ce rôle d’intermédiaire entre le monde des jeunes et le monde de ceux qui sont installés dans la vie.

3/ aider à la diversification et à l’enrichissement des pratiques éducatives

Chacun sait que l’une des principales difficultés rencontrées par les enfants aujourd’hui sont liés à des problèmes d’attention. Entre des tests d’attention réalisés par des enfants en 1930 et des tests réalisés aujourd’hui, on relève que ce temps d’attention a été divisé par trois. Philippe Meirieu évoque notamment le nécessaire développement des pratiques artistiques et sportives qui permettent de mieux mobiliser l’attention des enfants et des jeunes.

4/ prendre en charge les difficultés scolaires ponctuelles

Ceci ne constitue qu’un élément dans cet ensemble qu’est l’accompagnement éducatif selon Philippe Meirieu. Il s’agit du soutien et de l’aide au devoir. Cela pourrait ou devrait commencer à se faire en classe.

5/ l’école doit être elle-même son propre recours

Cela fait bien la synthèse entre tout ces points. Tout dysfonctionnement doit trouver dans l’école une remédiation. « C’est ce qui caractérise le service public par rapport au privé puisque dans ce dernier quand cela dysfonctionne, les familles vont ailleurs.  » En conclusion, Philippe Meirieu estime que les questions d’accompagnement scolaire doivent être reliées à ces problématiques. Il faut toujours regarder les dispositifs avec un certain recul. Il ne faut pas être dans la course au dispositif qui ne prend pas le recul suffisant pour mesurer les enjeux. Les dispositifs qui visent à faire réussir les élèves doivent faire aussi progresser l’institution pour qu’elle n’est pas besoin d’aller chercher à l’extérieur d’elle-même les remédiations à ces propres dysfonctionnements.

Gérard Marquié

Ressources jeunesse

En savoir plus sur ...

Philippe Meirieu : http://www.meirieu.com/

Cap Canal : http://www.capcanal.com/capcanal/

l’Afev : http://www.afev.org/

[1] journée organisée par la FCPE et la Ligue de l’enseignement

[2] Philippe Meirieu Professeur des universités en sciences de l’éducation (Université LUMIERE-Lyon 2), ancien directeur de l’INRP (Institut National de la Recherche Pédagogique), ancien directeur de l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) de Lyon.

[3] Association de la Fondation Etudiante pour la Ville


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