Injep
 
 
 
Politiques d’éducation et de jeunesse

Accueil et information des jeunes

Participation, engagement, initiatives des jeunes

Lettres d’information du site Ressources jeunesse

Archives
Contact

 


Dans la même rubrique :

Quelle stratégie pour les militants pédagogiques aujourd’hui ?
Décrochage scolaire : "Aidons tous les collégiens à réussir"
Les 10 ans du programme Pourquoi pas moi de l’Essec
L’insertion des jeunes sans diplômes

Dans la (les) même(s) thématique(s) :

> rencontres
Les « cultures d’ici et d’ailleurs » à l’honneur dans toute la Basse-Normandie
Val d’Oise : Quelle(s) place(s) pour les jeunes dans nos structures ?
4e journée du refus de l’échec scolaire : compte rendu
En Alsace : la jeunesse comme ressource

> école
Imagies 2006 : La place de l’image dans l’accompagnement éducatif
Le blogue outil d’accompagnement scolaire
Quelle stratégie pour les militants pédagogiques aujourd’hui ?
L’égalité des chances, consensuelle et conservatrice ?


3e journée du refus de l’échec scolaire : quelle évaluation et quelle Ecole ?

Mis en ligne le lundi 27 septembre 2010.

L’Afev et Curiosphère organisaient [1] mercredi 22 septembre 2010 la 3e journée du refus de l’échec scolaire avec pour fil conducteur : « la souffrance à l’école ». En conclusion de cette journée, l’Afev a lancé une pétition sur le thème de la suppression des notes dans les classes élémentaires. Eléments de compte rendu de cette rencontre et constats : une vraie richesse des propos tenus mais la question clé n’est-elle pas aussi ailleurs ?

En introduction de la journée animée à Paris par le journaliste Emmanuel Davidenkoff, Eunice Mangado de l’Afev a notamment estimé que "La souffrance à l’école" constituait : un élément déclencheur de l’échec scolaire. Les chiffres du Baromètre annuel du rapport à l’école des enfants de quartiers populaires, ont été présentés par le cabinet d’études "Trajectoires réflex" [2]

JPEG - 41 ko
Claire Brisset (ancienne Defenseure des enfants et médiatrice à la Ville de Paris) et Emmanuel Davidenkoff (journaliste)

De manière générale, les tendances du baromètre mises en exergue les années précédentes (2008 et 2009) se retrouvent. Dans l’édition 2010, « de nouvelles questions ont été introduites permettant d’expliciter et de préciser les constats importants du baromètre mais aussi de nourrir le thème de cette troisième "Journée du Refus contre l’échec scolaire" » consacrée à la "souffrance à l’école".

Extraits du baromètre Trajectoires/Afev 2010

Parmi les résultats et enseignements, à noter :

- 73,3%, (+7,3 points par rapport à 2009) des élèves enquêtés aiment un peu, voire pas trop ou pas du tout aller à l’école/au collège.

- Les relations entre élèves et les sociabilités juvéniles sont des facteurs importants qui impactent le vécu quotidien du jeune à l’école. A la question : « Est-ce qu’il t’arrive de te mettre en colère à l’école/au collège ? », 74,3% des élèves enquêtés répondent positivement. Parmi ces derniers, les conflits avec les autres élèves arrivent en première position – (raison citée par 70,9% des élèves qui déclarent s’être déjà mis en colère à l’école/au collège.)

- Un peu plus de la moitié des élèves enquêtés (52,8%) a déjà été victime de violences dans l’enceinte de l’école ou du collège. Parmi ces derniers, 83,1% ont été victimes de moqueries ou d’insultes,

-  Il y a des incompréhensions face aux attentes de l’Ecole qui sont particulièrement vivaces chez les élèves de primaire (31% des élèvent de primaire interrogés déclarent que souvent ils ne comprennent pas ce qu’on leur demande de faire en classe.. Cela motive, chez ces enfants, des attitudes de repli et de faible participation en classe, ne favorisant pas leur apprentissage.
- Lorsqu’ils ne comprennent pas en classe, ces élèves sont moins de la moitié (41,6%) à déclarer solliciter leur maître/maîtresse ou professeur.

- Néanmoins, Une part significative des élèves perçoit leurs enseignants de manière positive (57,2% des élèves enquêtés ont le sentiment que leurs enseignants s’intéressent à eux.) 76,4% des élèves interrogés estiment que les enseignants leurs apprennent des choses

Globalement plusieurs indicateurs, selon le Baromètre, apportent des éléments sur « les difficultés de ces élèves à vivre l’Ecole de manière apaisée : peur, stress, douleurs au ventre, manque de sommeil, sont autant de maux qui expriment leur mal-être. Plus encore, ce mal-être est fortement corrélé à leur vécu quotidien à l’Ecole. Autrement dit, pour une large partie d’entre eux, l’Ecole est la source de leur mal-être. »

Par ailleurs :

- Les pratiques à la maison ne favorisent pas l’apprentissage et la réussite scolaire : Les élèves interrogés sont toujours aussi nombreux à se coucher tard
- Les pratiques extrascolaires sont plutôt centrées sur le sport et Internet que sur la lecture d’un livre. Seuls 12% des élèves enquêtés déclarent ne pas faire de sport
- Les élèves enquêtés sont nombreux à disposer d’une connexion Internet chez eux : ils sont 87,6% à le déclarer.
- 71,7% déclarent qu’Internet est utile pour « tchater » avec des copains/copines, 56,1% citent aussi qu’Internet est utile pour faire des jeux (49,6% trouvent aussi Internet utile pour faire des recherches pour des exposés)

- Ensemble des résultats et enseignements du Baromètre Trajectoires/Afev

Extraits des tables rondes organisées à Paris

Une première table ronde a permis d’entendre les les deux parrains de la journée. Claire Brisset (ancienne Défenseure des enfants) s’est souvenue de deux années passées à l’Inspection générale de l’Education nationale. Lorsqu’elle y parlait d’enfants et d’adolescents, elle y était régulièrement reprise : il fallait parler d’élèves. L’actuelle médiatrice à la Ville de Paris a par ailleurs estimé qu’ « on a trop enseigné la distance a l’égard des enfants aux enseignants ».

Marcel Rufo (autre grand témoin de la journée) a tout d’abord commenté le baromètre Trajectoires-Afev "Que 76% des collégiens disent ne pas aimer aller au collège, c’est normal c’est dans les défis que les adolescents lancent aux adultes". Mais un autre chiffre a fait d’avantage réagir le le pédopsychiatre : 18% des élèves interrogés estiment que personne n’a d’intérêt pour eux.

André Antibi, (Professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse) a précisé ce qu’il entendait par constante macabre [3]. Il estime nécessaire de changer les modes d’évaluation et propose une un contrat de confiance qui selon lui est déjà adopté par 30 000 enseignants. « Il ne s’agit pas, dans ce contrat, de donner le sujet à l’avance comme certains le croient. Il s’agit de dire aux élèves que les 4/5ème du contrôle porteront sur une douzaine de sujets que les élèves auront déjà faits et corrigés en classe ».

L’évaluation par compétences a aussi été présentée lors de la table ronde avec l’exemple d’une expérience menée à Creil dans l’Oise (voir vidéo ci-dessous)

JPEG - 47.8 ko
Nicole Catheline, pédopsychiatre, (au micro) ; Thomas Sauvadet, sociologue ; Jean-Michel Zakhartchouk, Crap-Cahiers pédagogiques

Dans une deuxième table ronde, Thomas Sauvadet (sociologue à Paris VIII, auteur de « Capital guerrier », qui a travaillé sur le thème "jeunes de rue", a souligné l’incompréhension entre leur univers et celui de l’école. Ils n’en connaissent pas les codes et ont du mal à savoir ce qu’on attend d’eux. Le rapport au temps, au corps et l’espace des jeunes de rue a notamment été développé par le sociologue : « Pour un enseignant il est important de travailler sur l’occupation de l’espace dans la classe »…

Le thème du rapport au corps à l’école a aussi été abordé par la Pédopsychiatre Nicole Catheline : « Le corps est le grand oublié de l’école. Corps des élèves ou corps des enseignants. » Ceci s’explique, pour l’intervenante, par « un reste de l’enseignement religieux »

Une dernière table ronde a été consacrée à l’architecture des bâtiments scolaires (intervention de Matthieu Hanotin, vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis) et à l’expérience menée en Finlande. (intervention de Paul Robert, auteur de "La Finlande : un modèle éducatif pour la France ?" : voir lien avec son interview ci-dessous)

En conclusion, Christophe Paris de l’Afev a lancé l’idée de militer pour l’interdiction des notes au primaire. Pour la soutenir, un blog est ouvert. "Agir contre l’échec scolaire", il proposera aussi des ressources fournies par les partenaires de l’événement.

Commentaires et questions

240 personnes ont participé à la Belleviloise à Paris à un après-midi rythmé et riche en interventions au sein de débats animés avec qualité par Emmanuel Davidenkoff. Les constats faits lors de cette journée, avec tout l’intérêt qu’ils comportent, constituent aussi des rappels de phénomènes déjà pointés quant aux réalités des souffrances à l’école.

Des questions clés restent néanmoins en suspend. Pourquoi l’école produit-elle autant d’angoisse chez les jeunes et leurs parents. Les enseignants ne sont pas à ce sujet directement mis en cause. Cela a été rappelé à plusieurs reprises. Pourtant l’école continue d’être une raffinerie plus qu’une pépinière [4] et surtout, notre système éducatif est marqué par une société très scolarisée où le poids de la formation initiale est prépondérant dans le parcours d’un jeune, comme l’a démontré Cécile Van de Velde dans son ouvrage « Devenir adulte : sociologie de la jeunesse en Europe ».

En France, le temps de la jeunesse est associé à celui des études. Il y est pensé comme un investissement à vie déterminant de façon quasi définitive le statut social de l’individu. N’est-ce pas là le coeur du problème qui nécessite une analyse plus systémique de la place et du contenu de l’Ecole dans la formation de l’individu et dans notre société. Cela pose, entre autre, la question de la temporalité des études et de l’étalement de la formation tout au long de la vie.

Gérard Marquié

A lire aussi, à voir

- Appel à la suppression des notes à l’école élémentaire (site de l’Afev)

- La Journée du refus de l’échec scolaire demande une autre évaluation (Café pédagogique)

- André Antibi (chercheur en didactique) « Evaluation des élèves : la constante macabre, ça suffit ! » (interview sur EducPros)

- Un pont vers la Finlande ? Entretien avec Paul Robert (interview sur le site du Café pédagogique)

- vidéo : Bande Annonce Afev et le refus de l’échec scolaire

- Vidéo, Souffrance à l’école : les principaux facteurs (François Dubet)

- Vidéo, Notation : des parents et des élèves témoignent

- Vidéo : Expérimentation de l’évaluation par compétences (collège Jean-Jacques Rousseau à Creil)

- Vidéo, Témoignages sur la violence au collège

- Vidéo : Un collège innove pour le bien être des élèves

- vidéo, Rénover un lycée pour prévenir la violence (Roubaix)

[1] L’Injep figure parmi les partenaires de cette journée

[2] L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 760 élèves de primaire et de collège, issus de quartiers populaires et suivis par un étudiant de l’AFEV, entre avril et juin 2010.

[3] La constante macabre part du constat que sous la pression de la société, les professeurs se sentent obligés inconsciemment de mettre un certain pourcentage de mauvaises notes pour être crédibles. C’est quand, quel que soit le niveau des élèves, il y a toujours un tiers de très bons élèves, un tiers de moyens, et un dernier tiers de mauvais élèves.

[4] Patrick Fauconnier dans : « la fabrique meilleurs » (Seuil 2005)


Partagez cet article :